WILLY RONIS
Pour Ronis, la photographie n’était pas une fin en soi, mais un moyen d’exprimer sa propre expérience des réalités sociales qui l’entouraient.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le flambeau de la photographie française est porté par le Groupe des XV, auquel appartiennent Robert Doisneau, René-Jacques, Marcel Bovis et, bien sûr, Willy Ronis. La vision anecdotique, la parodie, la tendresse, la finesse visuelle sont parmi les procédés narratifs chers à la photographie humaniste, et sa raison d’être. Les rues animées de Paris, ses quartiers populaires, ses flâneurs, des enfants en train de jouer, ou plus généralement des scènes de la vie de tous les jours constituent le décor dans lequel ces photographes allient poésie et vocation spontanée à "changer le monde".

Willy Ronis n’en est pas moins persuadé de l’imposture que recèle toute tentative de donner une vision édulcorée de l’injustice sociale par la photographie. Il se livre à une exploration systématique de la vie des classes les plus démunies, pleine de conviction et de lucidité. En témoignent ses photographies d’ouvriers, de piquets de grève et de harangues enflammées de syndicalistes, que ce soit aux usines Citroën (1936) et Renault (1950), aux mines de Saint-Étienne (1948), ou dans les rues de Paris (1950). Or, au delà de sa sensibilité aux conditions de travail, familiales et sociales des ouvriers de l’époque, affleure un photographe dont les intérêts sociopolitiques ne s’accommodent pas de fragments de vie croqués çà et là, mais exigent de lui un engagement actif. Ronis n’est pas misérabiliste, il ne maquille pas la pauvreté ; il n’esthétise pas les pauvres ni ne chante leurs louanges, mais s’associe à leurs revendications, à leur lutte, à leurs manifestes.


Le Jeu de Paume lui a consacré, cet été, une exposition dans le cadre des Rencontres de la photographie d’Arles. En juin 1983, Willy Ronis avait fait, à titre posthume, une donation à l'État français de son œuvre photographique.


Visionnez le "portrait filmé" de Willy Ronis : dernier entretien accordé par le photographe, réalisé cet été à l'occasion de l'exposition d'Arles.



Willy Ronis lors du vernissage de son exposition
Arles, Église Sainte-Anne, juillet 2009
Photo : Adrien Chevrot