Filmer sous l'Occupation
Relecture des enjeux cinématographiques entre 1940 et 1944 par des cinéastes, historiens et critiques de cinéma

Dès 1940, le nouveau contexte idéologique créé par l’occupation de la France bouleverse le secteur cinématographique. Soumis à la double censure de l’Allemagne nazie et du régime de Vichy, réalisateurs confirmés et nouveaux talents opèrent des choix artistiques témoignant des aspects contradictoires de cette période critique, qui correspond à un moment unique dans l’histoire du cinéma français.

La période de l’Occupation allemande interpelle très directement la société d’aujourd’hui : comment réagissent les artistes à de telles conditions politiques et matérielles ? Sous quelles formes représenter l’identité de la nation dans un contexte trouble ? Qu’implique la soumission à la censure et à l’autocensure ? Quel est le rôle des acteurs institutionnels de l’art et de la culture ?

Goupi-Mains rouges de Jacques Becker. Conférence de
Jean-Pierre Bertin-Maghit

> Jacques Becker, Goupi-Mains rouges
France, 1942, 35 mm, noir et blanc, 104’
Au fin fond de la campagne française, le père Goupi, surnommé "Mes sous", attend l’arrivée de son fils de Paris, "Monsieur". Chez les Goupi, tout le monde a un surnom. Frères et sœurs, oncles, neveux et cousins vivent sous le même toit, et les disputes sont monnaie courante. Mais quand survient la mort d’un des leurs, les rancœurs se trouvent soudain décuplées. Pour l’un de ses tout premiers films, Jacques Becker adapte le roman de Pierre Véry et signe un portrait de la paysannerie mettant à mal le mythe d’une France rurale cher à Vichy.

> Jean-Pierre Bertin-Maghit est historien, spécialiste du cinéma de propagande et du cinéma français sous l’Occupation et professeur d’études cinématographiques à l’université Sorbonne Nouvelle Paris 3.


Douce de Claude Autant-Lara. Présentation par Pascal Ory

> Claude Autant-Lara, Douce
France, 1943, 35 mm, noir et blanc, 104’
Paris, 1887. Dans un hôtel particulier, la vieille comtesse de Bonafé vit avec son fils et sa petite-fille, Douce. Cette dernière aime Fabien, le régisseur, mais elle découvre la liaison qu’il entretient avec sa gouvernante, Irène. De son côté, le comte, épris d’Irène, la demande en mariage. Douce fuit avec le régisseur mais les illusions de l’amour se dissipent vite. Analyse poussée des préjugés de classe où les personnages dépérissent dans une fin de siècle qui correspond aussi à la fin d’une société et d’une époque.

> Pascal Ory est historien, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à Sciences Po.


La Main du diable de Maurice Tourneur. Présentation par
Jacques Aumont

> Maurice Tourneur, La Main du diable
France, 1943, 35 mm, noir et blanc, 82’
Randonneurs et touristes se retrouvent pour dîner dans un relais de montagne. Un homme étrange
et visiblement inquiet fait irruption et demande une chambre. Il porte avec lui un mystérieux paquet qu’il ne quitte pas des yeux. Soudain, un orage éclate, provoquant une coupure de courant. Lorsque la lumière revient, le paquet a disparu et l’homme est désespéré. Il raconte alors son histoire... Ce film, inspiré de la nouvelle de Gérard de Nerval, La Main enchantée, est l’un des fleurons du bref courant fantastique qui illumina le cinéma français pendant les années 1940.

> Jacques Aumont est professeur émérite à l’université Sorbonne Nouvelle Paris 3, directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’École nationale supérieure des beaux-arts.


Le ciel est à vous de Jean Grémillon. Présentation par Serge Bozon

> Jean Grémillon, Le ciel est à vous
France, 1943, 35 mm, noir et blanc, 105’
Pierre Gauthier, garagiste de son état, entretient une passion pour l’aviation, passion réprouvée par sa femme qui juge cette activité périlleuse. Cependant, après un baptême de l’air impromptu, celle-ci se découvre un goût immodéré pour l’aventure aérienne, et en particulier pour les records. Considéré comme le chef-d’œuvre de Grémillon et l’un des plus beaux films tournés sous l’Occupation, Le ciel est à vous est inspiré de la vie d’Andrée Dupeyron, qui figure parmi les premières aviatrices de légende.

> Serge Bozon est réalisateur, acteur et critique de cinéma.


La Vie de plaisir d’Albert Valentin . Présentation par Pascal Ory

> Albert Valentin, La Vie de plaisir
France, 1943, 35 mm, noir et blanc, 85’
Albert Maulette, directeur du célèbre cabaret La Vie de plaisir, est immédiatement séduit par Hélène de Lormel, fille d’aristocrates ruinés. Monsieur de Lormel exige de son futur gendre la fermeture de son établissement, le menaçant de ne pas donner son consentement à leur union. Très vite, le climat se dégrade et Albert doit affronter l’hypocrisie de toute la famille d’Hélène. Cette dernière continue par ailleurs d’être courtisée par le mondain Monsieur de Boieldieu, et finit par demander le divorce. Produit par la Continental et censuré par la Centrale catholique à sa sortie, le film fut également interdit après la Libération.

> Pascal Ory est historien, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à Sciences Po.


MCDXXIX-MCMXLII (De Jeanne d’Arc à Philippe Pétain) de Sacha Guitry. Présentation par Bernard Eisenschitz

> Sacha Guitry, MCDXXIX-MCMXLII (De Jeanne d’Arc à Philippe Pétain)
France, 1942-1944, 35 mm, noir et blanc, 58’.
Copie restaurée par les Archives françaises du film du CNC
MCDXXIX-MCMXLII (De Jeanne d’Arc à Philippe Pétain) était destiné à promouvoir le livre d’art éponyme qui, conçu, écrit et supervisé par Sacha Guitry, était consacré aux grandes figures de l’histoire de France depuis Jeanne d’Arc. Le film est constitué d’un plan unique montrant le réalisateur tourner les pages de l’ouvrage les unes après les autres, tandis qu’il en lit des extraits en alternance avec Madeleine Renaud, Roger Bourdin et
Jean Cocteau, entre autres personnalités. Il s’agit de textes de personnages célèbres mais aussi de panégyriques écrits par des auteurs contemporains : Cocteau, Giraudoux, Colette, Morand...

> Bernard Eisenschitz est historien du cinéma, critique de cinéma et traducteur.

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