The Yvonne Rainer Project. De la chorégraphie au cinéma


Entretien entre Yvonne Rainer et Chantal Pontbriand à l'occasion de la projection du film Lives of Performers (1972), lors de la soirée d'ouverture du 4 novembre 2014

Lives of Performers comporte quatorze épisodes. Chacun d’eux présente une approche cinématographique différente des aspects réels et fictifs des rôles d’Yvonne Rainer et de ses danseurs — directrice, chorégraphe, danseurs, acteurs… — au cours du travail précédant le film et pendant le film même. La première partie est un montage de la répétition d’une performance live. La seconde est une série de tableaux vivants inspirés des photos du film de G.W. Pabst, La Boîte de Pandore. Le film s’accompagne de la chanson No Expectations des Rolling Stones, rappelant le No Manifesto qu’Yvonne Rainer signait quelques années auparavant.



Entretien entre Yvonne Rainer et Chantal Pontbriand à l'occasion de la projection du film MURDER and murder (1996), le 5 novembre 2014

MURDER and murder porte sur use relation lesbienne, nouée tardivement dans la vie des protagonistes, ainsi que sur les plaisirs, l’insécurité et les difficultés qui l’accompagnent. Un défi audacieux, affectif et intellectuel qui est tout autant un feuilleton, une comédie noire, une histoire d’amour et une méditation politique.



Entretien entre Yvonne Rainer, Philippe-Alain Michaud et Chantal Pontbriand à l'occasion de la projection du film FILM ABOUT A WOMAN WHO… (1974), le 8 novembre 2014

« […] FILM ABOUT A WOMAN WHO… […] narre, de manière fragmentaire et par le biais de conversations intimes, les relations amoureuses entre des hommes et des femmes, anticipant le texte féministe pionnier de Laura Mulvey, Visual pleasure and Narrative Cinema, publié en 1975 […]. [Ce film] relève ainsi d’un projet de cinématographie critique qui vise à contrer l’identification, tout en se faisant lieu d’expression d’une expérience subjective et d’une conscience féministe. » Aliocha Imhoff & Kantuta Quiros


YVONNE RAINER s’impose comme une figure centrale de l’avant-garde des années 1960 et 1970 tant pour son approche révolutionnaire de la chorégraphie et sa contribution à l’histoire de la nouvelle danse que pour sa trajectoire de cinéaste expérimentale qui marque la seconde partie de sa carrière. (…)

La chorégraphe, dont l’œuvre prend racine dans le contexte de l’Amérique des années 1960, subit d’abord l’influence des artistes de la côte ouest californienne avant de rejoindre New York et la scène alors très vivante de Soho. Elle se trouve ainsi proche des nouveaux développements de l’époque en danse, en musique et en arts visuels. Son impulsion créatrice fait fortement écho à ces années de bouleversements sociaux et idéologiques qui succèdent à l’après-guerre.

Le travail d’Yvonne Rainer porte sur l’équilibre entre vie privée et sphère publique, de même que sur les questions de genre, de relations humaines et de performance. Les enjeux politiques de l’art, l’interdisciplinarité et les problématiques esthétiques qui en découlent s’inscrivent également au cœur de sa pratique. Avec Lives of Performers, son premier long métrage en 1972, elle commence à réaliser des films pour approfondir les thèmes de ses recherches chorégraphiques. La cinéaste développe une esthétique radicale qui touche aux rapports entre la fiction et le documentaire, au féminisme et aux études sur le genre. La manière dont elle traite l’image est fortement influencée par sa connaissance du corps. Elle est le précurseur de l’esthétique du live ou liveness, qui désigne tout art explorant la vie même, le fait d’être en vie. Yvonne Rainer demeure aujourd’hui une référence majeure pour les artistes investissant le potentiel de l’image en mouvement ou la relation à l’autre.
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Chantal Pontbriand, programmatrice du cycle

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