Germaine Krull

Le destin photographique de Germaine Krull (1897-1985) est typique de la génération qui, dans les années 1920, participe aux profonds bouleversements de la pratique photographique, qu’elle enrichit de son tempérament très individuel et original. Après un engagement politique marqué par la révolution spartakiste à Munich et à Berlin, et après une première production de studio avec des nus féminins, caractérisée par une rare ambivalence érotique, son renom est surtout attaché à la publication en 1928 de son portfolio Métal, qui représente une étape importante de la Nouvelle Vision en France (grues, ponts, détails d’architectures métalliques, le tout en contre-plongée).

Outre ce coup d’éclat, on doit essentiellement à Germaine Krull d’avoir créé le reportage moderne, également en 1928, pour le compte du magazine d’actualités photographiques VU, aux côtés d’André Kertész et d’Eli Lotar. Dès lors, et pendant plusieurs années (1928-1931), sa proximité avec les sujets traités, son goût pour la rencontre du petit peuple, des marges et des bas-fonds – les clochards, les fêtes foraines, les marchés, les bals musette, la « zone » – font sensation dans le Paris de Pierre Mac Orlan (auteur de Quai des Brumes), qui la soutient ardemment. Beaucoup de ses prises de vue témoignent de son esprit de contradiction et de sa profonde empathie. Son attirance pour la machine et l’automobile l’amène à sillonner les routes et à renouveler l’image documentaire en photographiant depuis la fenêtre du véhicule. Elle innove en publiant de nombreux « livres de photographie », une conception éditoriale encore peu répandue, et crée le premier roman illustré de photos (La Folle d’Itteville, un « photo-texte » avec Simenon).

Bientôt écartée par les développements rapides du métier de reporter, elle participe à la lutte de la France libre en 1943-1945 et s’installe ensuite en Thaïlande puis en Inde, où elle se consacre au service du patrimoine du bouddhisme, dont elle est devenue une adepte.


Textes de Michel Frizot.
23 x 28 cm, 264 pages, 270 illustrations, Broché grands rabats, versions française et anglaise.
Coédition Jeu de Paume / Hazan. Prix : 35 euros.

Version allemande créditée avec Hatje Cantz. Prix : 40 euros.

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