Nguyen Trinh Thi. Lettres de Panduranga
Satellite 8. Exposition présentée au CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux
du 26 novembre 2015
au 14 février 2016

"Enter the Stream at the Turn" (Rallier le flot) est une injonction ayant pris l’apparence d’une douce métaphore. Empruntée à un proverbe khmer traditionnel, elle suggère qu’il convient de s’adapter au courant de pensée dominant considéré comme code culturel au bénéfice d’une harmonie sociale et politique. Dans un contexte non démocratique, ce proverbe reste plus que jamais d’actualité : quand la liberté d’expression fait l’objet de restrictions politiques, il est fréquent que des artistes le traduisent dans les faits sous forme de stratégie de résistance.La huitième édition de la programmation Satellite réunit quatre artistes – Vandy Rattana (Cambodge), Arin Rungjang (Thaïlande), Khvay Samnang (Cambodge) et Nguyen Trinh Thi (Vietnam) – dont les canaux de résistance font appel à l’image en mouvement, l’inscrivant dans et contre un héritage complexe d’occupation culturelle et historique ainsi que de censure. Gros titres de la pensée dominante, questions d’actualité controversées et histoires officielles sont abordés comme autant de références à réexaminer au travers de récits intimes et personnels. Ainsi, les images et les récits créés par les artistes nous parviennent sous forme de codes, de strates, pris entre passé et présent, entre réalité et fiction, entre fiction et documentaire. Évitant les visions binaires, ils ménagent un espace d’indétermination qui leur permet de brouiller les perceptions dominantes des sujets abordés.


Choisie pour son approche à la fois multiple, très personnelle et poétique d’événements sujets à controverse, historiques ou actuels, qu’elle aborde par les moyens du cinéma expérimental et de la vidéo, Nguyen Trinh Thi est la quatrième et dernière artiste présentée à l’occasion de la programmation Satellite 8, « Rallier le flot ». Elle s’est fait connaître par deux installations vidéo au format exceptionnel, Unsubtitled (2010) et Landscape Series #1 (2013), qui articulent avec pertinence la problématique de la censure sous les points de vue de la collectivité, du journaliste et de l’artiste.

Avec Lettres de Panduranga (2015), commandée dans le cadre de la programmation Satellite 8, Nguyen prolonge ses expérimentations à la frontière du documentaire et de la fiction dans un essai filmique réalisé avec des villageois de l’ethnie cham vivant dans le dernier et le plus méridional territoire de l’ancien royaume de Champa. Celui-ci, fondé voici près de deux mille ans, a été annexé en 1832 par le royaume du Dai Viêt (l’actuel Vietnam). La province de Ninh Thuân, qui portait autrefois le nom de Panduranga, est le centre spirituel de l’antique culture matriarcale cham.

Lettres de Panduranga trouve sa source d’inspiration dans le projet du gouvernement vietnamien de construire d’ici 2020, dans la province de Ninh Thuân, les deux premières centrales nucléaires du pays. Le débat public relatif à ce programme a été quasi inexistant au Vietnam : l’État exerce en effet un contrôle strict sur les activités des médias ainsi que sur les possibilités d’expression de l’opinion publique et a exclu des consultations les collectivités locales concernées.


Commissaire : Erin Gleeson

Partenaires
Exposition présentée dans le cadre de la programmation Satellite coproduite par le Jeu de Paume,


la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques (FNAGP)


et le CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux.

La Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques est partenaire permanent de la programmation Satellite


L’Association des Amis du CAPC
contribuent à la production des œuvres de la programmation Satellite.