L’Addiction au cinéma
Cours de cinéma
du 22 octobre
au 17 décembre 2015

De tous temps, l’addiction sous toutes les formes que prennent les excès de toute obsession, ont donné lieu à des scénarios de cinéma : alcool, drogues, jeu, sexe, meurtre, foi religieuse, mais aussi le voyage… ou le chocolat !
L’histoire du cinéma ne serait-elle pas tout simplement une histoire d’addictions dans laquelle le spectateur est pris au piège entre horreur et séduction. D'hier, avec Love Streams, Le Poison, La Baie des Anges, L’Homme au bras d’or, M le maudit, à aujourd’hui avec Spring Breakers et Le Loup de Wall Street, ces films mettent leurs spectateurs en face de cette contradiction cruciale entre attirance et répulsion.
Enfin le cinéma, dans son dispositif même, hypnotique et mental, avec l’idée de répétition à l’infini est une drogue et, à ce titre peut provoquer l’addiction. Cette attraction fatale pour le cinéma, la cinéphilie, n’est-elle pas une des formes les plus pures de l’addiction ? L’addiction à l’œuvre.


Jeudi 22 octobre, conférence
Philippe Bérard, « Le cinéma et les arts contemporains,
une histoire d'addictions »

Programmateur et organisateur pour l'association culturelle dfilms, Philippe Bérard construit une programmation filmique destinée à re-découvrir l’histoire du cinéma dans différents lieux : cinémas, galeries, musées… Un collectif se compose d’héritiers de Serge Daney, de ciné-fils, et de ciné-filles. Ces « histoires » sont produites en partenariat avec des institutions, des revues, des entreprises, des associations, des structures culturelles, publiques ou privées.
Pour rester en harmonie avec tous les publics, la programmation « ADDICTION à l'œuvre » commencée à Paris en 2014, continue de 2015 à 2019 dans plusieurs villes de France. La première partie « ADDICTION à l'œuvre 1/5 » se déroule du 22 octobre au 22 décembre à Toulouse et à Paris.

Jeudi 29 octobre, projection
La Nuit du chasseur de Charles Laughton, 1955

Avec Robert Mitchum et Shelley Winters.
L'acteur Charles Laughton signe là son unique réalisation qui renferme la peur et le courage de deux orphelins seuls au monde, traqués par un prédicateur criminel, tueur en série, dans une poursuite cauchemardesque où les thèmes secours et danger, amour et haine, vie et mort, enfance et vieillesse sont reliés et font que le film rejoint les plus grands contes.


Jeudi 12 novembre, conférence
Cyril Neyrat, « Filmer à mort, ou l'addiction photogénique »

Professeur à la Haute École d’art et de design (HEAD) de Genève, Cyril Neyrat dirige les éditions Independencia.
Dans le sillage du Portrait ovale d'E.A. Poe, on s'interrogera sur le caractère mortifère du désir qui relie l'auteur du portrait, peint ou filmique, à son modèle. Ainsi, de Michael Powell à Jean-Luc Godard en passant par Carmelo Bene, entre autres, se penchera-t-on sur plusieurs cas plus ou moins graves d'addiction au visage de l' « autre aimé ».

Jeudi 19 novembre, conférence
Judith Revault d’Allones, « Ravissement »

Programmatrice de cinéma au Centre Pompidou depuis 2000, Judith Revault d’Allones contribue à des revues (Trafic, Débordements), des ouvrages collectifs (Inside Out, le cinéma de Stephen Dwoskin, Guy Gilles, un cinéaste au fil du temps), et vient d'achever un essai sur Holy Motors, de Leos Carax, à paraître prochainement.
L'addiction traverse toute l'histoire du cinéma. Elle est constitutive de sa pratique, entre plaisir, abandon, fascination et répétition, parfois jusqu'à la dépendance et au manque. À la toute fin des années 1970, qui ont plus que jamais fusionné drogue et cinéma, le film d'Ivan Zulueta, Arrebato a fait du ravissement et de l'abîme sa substance même.

Jeudi 26 novembre, conférence
Dominique Païni, « S’en mordre les doigts
ou la dépendance au désir »

Directeur de la Cinémathèque française puis directeur du Développement culturel au Centre Pompidou où il fut l’auteur des expositions « Hitchcock », puis « Cocteau », Dominique Païni est critique et auteur de plusieurs ouvrages dont Le Cinéma un art vivant (1997, Cahiers du cinéma), Le Temps exposé (2002, Cahiers du cinéma), L’Attrait des nuages (2010, Yellow Now), et Le Cinéma un art plastique (2013, Yellow Now).
Filmer la « dépendance au désir » plutôt que l’accomplissement des actes sexuels. Un des challenges de la mise en scène d’Ingmar Bergman à Gaspar Noé, de Michelangelo Antonioni à François Truffaut, de Steve Mac Queen à Alain Fleischer, de Stanley Kubrick à l’hystérie des « Diva » italiennes des années 1910 fascinant les surréalistes, de Nagisa Oshima à L’Âge d’or de Buñuel (le chef d’œuvre de l’addiction sexuelle).

Jeudi 3 décembre, projection
L'Histoire d’Adèle H de François Truffaut, 1975

Avec Isabelle Adjani.
Récit d'une érotomanie, illusion délirante d'être aimée, celle dont souffrait la seconde fille de Victor Hugo, Adèle, tel qu'elle l'a décrite dans les deux premiers volumes de son journal intime, datés respectivement de 1852 et 1853.

Jeudi 10 décembre, conférence
Alain Bergala, « L’euphorie et la souffrance : comment finir un film sur l’addiction ? »

Alain Bergala a été rédacteur en chef et directeur de collection aux Cahiers du cinéma. Il est l’auteur de nombreux articles et d’ouvrages sur le cinéma. Réalisateur de plusieurs films pour le cinéma et la télévision, il a été maître de conférences à Paris 3 Sorbonne nouvelle. Alain Bergala enseigne le cinéma à la Femis et est commissaire d’expositions : « Correspondances Kiarostami – Erice », « Brune Blonde », « Pasolini Roma ».
Les cinéastes filment-il plutôt l’euphorie, la souffrance, ou le passage de l’une à l’autre ? L’euphorie sied bien au cinéma et contamine le spectateur. La souffrance est aussi un grand sujet de film, et le spectateur, finalement, aime la vivre sans danger devant un écran. Mais comment finir un film sur l’addiction ? Par une rédemption morale, rédemptrice ? Par une déchéance irrémédiable ? Avec une fin ouverte ?

Jeudi 17 décembre, projection
La Baie des anges de Jacques Demy, 1963

Avec Jeanne Moreau et Claude Mann.
Initié par Caron, un collègue, Jean Fournier découvre au casino d'Enghien l'ivresse du jeu. Définitivement mordu, l'employé de banque décide, d'aller passer ses vacances à Nice, où fleurissent les salles de jeu. Il y rencontre Jackie Demestre, qui brûle de la même passion et a quitté pour elle son mari et son fils. Ensemble, ils gagnent une fortune à la roulette, narguent trop leur chance et finissent par tout perdre…
« J’ai voulu démonter et démontrer le mécanisme d’une passion. Cela pouvait être aussi bien l’alcool que la drogue, par exemple. Ce n’était pas le jeu en soi. » (Jacques Demy)


À l'auditorium du Jeu de Paume, le jeudi de 10H30 à 12h30.
Cours de cinéma organisés par le Jeu de Paume et l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, sous la direction de Danièle Hibon, programmatrice de cinéma et enseignante à l’ENSBA.
En partenariat avec l’association dfilms dans le cadre du festival ADDICTION à l'œuvre, une histoire de cinéma de 1895 à 2019.
http://www.dfilms-programmation-cinema.fr/


Renseignements : infoauditorium@jeudepaume.org

Tarifs : conférence, 5 euros ; projection, 3 euros