KLONARIS/THOMADAKI
MANIFESTE.
LE CINÉMA CORPOREL
du 26 avril
au 21 mai 2016
Concorde, Paris

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téléchargez le Petit Journal,
document lié en bas de page.



Après le cycle « De l’extase au ravissement » consacré au cinéma expérimental en Espagne et les rétrospectives dédiées à Barbara Hammer et Yvonne Rainer, le Jeu de Paume poursuit sa programmation en hommage à des cinéastes de la scène indépendante, en présentant la rétrospective la plus complète en France dédiée au travail des artistes d’origine grecque, installées à Paris depuis 1975, Maria Klonaris et Katerina Thomadaki. Deux ans après la disparition soudaine de Maria Klonaris, cette programmation revisite quarante ans de leur création commune et s’inscrit dans la volonté d’apporter un nouvel éclairage sur leur démarche artistique singulière issue du croisement entre le cinéma expérimental, la performance et l’installation. Films, bandes son, photographies et prises de parole se succèderont, révélant les facettes multiples de l’œuvre des artistes. Animée par la présence créative constante de Katerina Thomadaki, la rétrospective est dédiée à Maria Klonaris.

Le cinéma de Maria Klonaris et Katerina Thomadaki est d’abord un cinéma de rébellion. Au milieu des années 1970, à une époque où la scène expérimentale était dominée par un cinéma formel et souvent non-figuratif, ces deux figures majeures de l’avant-garde cinématographique pratiquent et théorisent ce qu’elles nomment le Cinéma Corporel en faisant du corps et de l’identité féminine un lieu d’exploration plastique et politique. Entre leurs mains, le cinéma devient un instrument puissant pour subvertir l’imaginaire patriarcal occidental et déstabiliser les normes du corps et de ses représentations.

Dans leurs premiers films et œuvres de cinéma élargi(1), la réinvention du corps et du désir féminin passe par l’autoreprésentation et la mise en images de l’inconscient à travers des rituels mystérieux, non codifiés mais profondément imprégnés d’un imaginaire mythique transculturel, nourri par la Grèce et l’Égypte antiques mais aussi par les cultures orientales, africaines et amérindiennes. Par la suite, Klonaris/Thomadaki transgressent les limites de l’identité sexuelle par la figuration de corps hors normes – « dissidents », disent-elles – comme ceux de l’hermaphrodite ou de l’Ange intersexuel. En déployant la puissance symbolique de ces figures dans des installations et œuvres multimédia elles-mêmes hybrides et protéiformes, les artistes donnent corps à une pensée radicale et anticipatrice sur le genre et la transsexualité.

Pour Klonaris/Thomadaki, la subversion des systèmes symboliques dominants est inséparable d’une remise en question fondamentale des usages conventionnels du médium cinématographique : elles reconfigurent les relations entre « filmante » et personne filmée, réinventent le cinéma comme une expérience corporelle faisant appel à tous les sens et non seulement à la vision, croisent les médias artistiques et étendent l’image au-delà du cadre de l’écran. Là où le cinéma commercial assigne une place déterminée au spectateur, les films non narratifs des deux artistes sollicitent, de sa part, un engagement radicalement autre, impliquant de se laisser transformer par le pouvoir quasi hypnotique des images.

Leur cinéma est aussi celui d’une éthique de la relation. Élaborée par un « double auteur femme », leur œuvre trouve son origine et son fondement conceptuel dans l’exploration du rapport entre deux subjectivités, dans le « dialogue secret » (c’est le titre de l’un de leurs films) qui s’établit entre deux corps, entre deux imaginaires. De ce dialogue qui transforme le film en un espace intercorporel naît l’un des enjeux qui traversent toute l’œuvre de Klonaris/Thomadaki : celui de rompre avec les systèmes binaires et d’ouvrir des territoires intermédiaires entre soi et l’autre, mais aussi entre réalité et imaginaire, corps et univers mental, masculin et féminin, cultures occidentales et non occidentales, microcosme et macrocosme.

À la croisée du cinéma expérimental, du théâtre et des arts plastiques, l’art de Klonaris/Thomadaki a préfiguré, et même influencé, certaines des grandes tendances qui ont transformé ces différents champs artistiques : la revalorisation du corps dans l’expérience du spectateur, l’omniprésence du « cinéma d’exposition », la transdisciplinarité et l’hybridation des médias, pour n’en citer que quelques-unes. En associant la présentation de leurs films, performances et installations à de nombreuses rencontres et conférences, cette rétrospective veut souligner l’importante contribution artistique et théorique de ces artistes et apporter un nouvel éclairage sur les multiples facettes d’une œuvre à la fois poétique et résolument politique.

Maud Jacquin



1. Le « cinéma élargi » ou expanded cinema, est un concept né dans les années 1960 pour caractériser un ensemble de pratiques qui renouvellent ou « étendent » l’expérience de projection, par exemple en intégrant des éléments performatifs ou en ayant recours à de multiples écrans.



Reprenant la formule du dialogue caractéristique des deux artistes, la rétrospective complète la présentation de leurs films par des rencontres.
Parmi les intervenants : Laura Mulvey, théoricienne du cinéma ; Marie-José Mondzain, philosophe ; Miranda Terzopoulou, anthropologue ; Marina Grzinic, philosophe et artiste et Cécile Chich, chercheuse indépendante.
Toutes les séances seront présentées par Katerina Thomadaki ou Maud Jacquin.



BIOGRAPHIE

Cinéastes, plasticiennes, théoriciennes d’origine grecque, installées à Paris depuis1975, Klonaris/Thomadaki cosignent un œuvre pluri-disciplinaire qui regroupe plus de cent réalisations structurées en cycles — La Tétralogie corporelle (1975 -1979), Le Cycle de l’Unheimlich (1977-1982), La Série Portraits (1979-1992), Le Cycle des Hermaphrodites (1982-1990), Le Rêve d’Electret (1983-1990), Le Cycle de L’Ange (1985—), Les Jumeaux (1995-2000) — ainsi qu’un corpus important de publications.
L’œuvre des deux artistes a acquis une reconnaissance internationale (MoMA, New York ; Centre Pompidou ; Tate Modern ; National Gallery of Art, Washington ; Cinémathèque française ; British Film Institute ; Kunsthalle, Wien ; etc.) et a fait l’objet de nombreuses études. Activistes culturelles, dans les années 90, elles réalisent trois éditions des Rencontres Internationales Art cinéma/vidéo/ordinateur et dirigent les ouvrages Technologies et imaginaires (Dis/voir), Mutations de l’image et Pour une écologie des médias (A.S.T.A.R.T.I.). Leurs films sont préservés par les Archives Françaises du film du CNC, leurs textes et documents audiovisuels par la Bibliothèque nationale de France (Fonds Klonaris/Thomadaki) et leurs créations radiophoniques par l’Institut national de l’audiovisuel.

www.klonaris-thomadaki.net


PROGRAMMATION : Katerina Thomadaki et Maud Jacquin

La rétrospective « KLONARIS/THOMADAKI » est organisée en collaboration avec la direction du patrimoine cinématographique du Centre national du cinéma et de l’image animée et la Bibliothèque nationale de France avec l’aide du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir.


Tarif : 3 euros la séance / gratuit sur présentation du billet d’entrée du jour aux expositions et pour les abonnés. Renseignements : infoauditorium@jeudepaume.org
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