Pedro Costa
Rétrospective et carte blanche
du 24 mars
au 31 mars 2020
Jeu de Paume, Paris

Pedro Costa (1958, Portugal) est un cinéaste qui se tient en un endroit unique à la fois puissant et mouvant du cinéma, à la jonction entre l’enregistrement documentaire rigoureux -là où « tout est vrai », comme il le dit de son dernier film Vitalina Varela qui vient de recevoir le Léopard d’Or au dernier festival de Locarno- et un projet formaliste où cadrage, durée, lumière, et couleur construisent une mise en scène expressionniste.

Au-delà de l’hommage au cinéaste que constitue l’ensemble de cette rétrospective, cette programmation est aussi l’occasion de donner à voir une œuvre éminemment contemporaine et le parcours d’un artiste pour lequel chaque film semble constituer une aventure intense qui interroge et réinvente le potentiel esthétique, poétique et politique de l’outil cinématographique.

Pour l’immense majorité des cinéastes, et même dans l’esprit des spectateurs, faire du cinéma c’est allumer les projecteurs pour que tout commence, que les acteurs s’avancent et que la magie opère. Pour Pedro Costa, trouver son cinéma, sa méthode, aura voulu dire l’inverse : éteindre la lumière. Une nuit, en plein tournage d’Ossos, la lumière n’a plus de sens, elle est même devenue un contresens. Dans ce quartier pauvre de Fontainhas, près de Lisbonne, qu’il prétend filmer et aimer, les projecteurs de cinéma empêchent les habitants de dormir. Eux qui se lèvent à quatre heures, à cinq heures du matin, la lumière les aveugle, la lumière leur dit que le cinéma passe devant leur sommeil, qu’on s’en fout pas mal de leur fatigue d’ouvriers, de maçons, de femmes de ménage, de vendeurs à la sauvette, de parents ou de grands-parents. Le cinéma s’en fout. Pire, il singe la solidarité, l’empathie. Un gouffre s’ouvre sous les pieds du cinéaste. Une évidence nécessaire : l’adéquation entre un film et son tournage.

Ce que propose le Jeu de Paume c’est, en quelque sorte, de visiter l’atelier du peintre, ses œuvres de jeunesse, ses esquisses, ses travaux préparatoires, ses recherches parallèles, ses influences aussi – dans le cadre d’une carte blanche alliant, entre autres, son ancien professeur et mentor António Reis à l’icône du cinéma Novo, Paulo Rocha.

Programmation : Catherine Bizern et Pedro Costa

Cycle organisé en collaboration avec le Festival Cinéma du Réel et en coproduction avec la Fondation Calouste Gulbenkian, Paris.


CALENDRIER
(Programmation susceptible de modifications)

– Mardi 24 mars, 19 h - 21 h | Ossos, 1997, 94 min
Soirée d’ouverture avec Pedro Costa et Catherine Bizern, directrice du Festival Cinéma du Réel
Estrela d’Africa est un quartier créole en périphérie de Lisbonne, une sorte de bidonville labyrinthique et caractéristique de la capitale portugaise. Un nouveau-né doit affronter un entourage fait de pauvreté, de désolation et de néant.

– Jeudi 26 mars, 19 h - 22 h | Francisca de Manoel de Oliveira, 1981, 166 min
Avec Ricardo Matos Cabo, programmateur cinéma
Au XIXe siècle, au cœur d’un Portugal déstabilisé par l’indépendance du Brésil, deux jeunes aristocrates et amis d’enfance, José Augusto et Camilo Castelo Branco, vont s’affronter pour la conquête de Fanny (alias Francisca), suscitant chez la jeune femme un amour partagé.

– Vendredi 27 mars, 17 h - 19 h | Mudar de vida de Paulo Rocha, 1966, 94 min
Avec Ricardo Matos Cabo, programmateur cinéma
Adelino, soldat, retourne après plusieurs années passées en Afrique dans son village natal de pêcheurs. Il y découvre que la femme qu’il aimait n’a pas pu l’attendre.

– Vendredi 27 mars, 19 h - 22 h | Ne change rien, 2009, 98 min
Avec Pedro Costa, Jeanne Balibar et Rodolphe Burger, acteurs du film
Projection suivie d’un concert improvisé de Rodolphe Burger
L'actrice et chanteuse française Jeanne Balibar interprète une chanson, "Ne change rien". Elle va de répétitions à des enregistrements, de concerts rock à des cours de chant lyrique, d’un grenier à Sainte-Marie-aux-Mines à la scène d’un café de Tokyo...

– Samedi 28 mars, 14 h 30 - 17 h | Trás-os-Montes d’Antonio Reis et Margarida Cordeiro, 1976, 108 min
Avec Ricardo Matos Cabo, programmateur cinéma
Depuis la nuit des temps, les mêmes évènements se reproduisent à Trás-os-Montes : le départ des pères, des maris, le train qui s’en va et l’oubli qui engloutit le village où ses habitants résistent de plus en plus mal à la misère et au froid.

– Samedi 28 mars, 17 h 30 - 20 h 30
Avec Dominique Auvray, monteuse du film et Antoine Barraud, cinéaste et critique de cinéma
Casa de Lava, 1994, 110 min
Mariana, une infirmière travaillant à Lisbonne, fait particulièrement cas de l’un de ses patients, Leao, un ouvrier originaire du Cap-Vert, dans le coma à la suite d’un accident de travail.
et O Nosso Homen, 2010, 24 min
Court-métrage sombre et nocturne, dans la lignée du travail du cinéaste, qui connecte deux histoires, l’une sur le rejet et l’autre sur la mort.

– Dimanche 29 mars, 14 h 30 - 17 h
Avec Emmanuel Burdeau, critique de cinéma
Où gît votre sourire enfoui ?, 2001, 104 min
Lors du montage de la troisième version de Sicilia ! de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, Pedro Costa filme une « comédie de remontage ».
6 Bagatelas, 2003, 18 min
Pedro Costa isole six séquences inédites de son long-métrage Où gît votre sourire enfoui ? pour les situer dans un nouveau contexte.

– Dimanche 29 mars, 17 h 30 - 19 h 30 | Sicilia ! de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, 1999, 90 min
Avec Emmanuel Burdeau, critique de cinéma
C’est le récit du voyage initiatique de Silvestro qui, après 15 ans d’absence, revient dans sa Sicile natale pour partir à la recherche de son enfance.

– Mardi 31 mars, 19 h - 21 h 30 | O Sangue, 1989, 95 min
Avec Philippe Azoury, critique de cinéma
Deux jeunes frères issus de la banlieue de Lisbonne, Vicente (17 ans) et Nino (10 ans), gardent le secret des absences répétées de leur père. Mais cette fois-ci, celui-ci n’est pas revenu ; les deux frères confient alors sa disparition à Clara, employée de l’école.


INFOS PRATIQUES

Tarifs : 5 / 3,5 euros euros
Accès sans réservation dans la limite des places disponibles sauf pour la séance d’ouverture
Renseignements : infoauditorium@jeudepaume.org