Films présentés : La Frontera infinita





Chantal Akerman, De l’autre côté
France / Belgique, 2003, 35 mm, 99’, couleur, vo st fr.

De l’autre côté clôt la trilogie d’un carnet de voyage commencé avec D’Est (1993) en Europe de l’Est et Sud (1999) au Texas. Dans ce troisième volet, Chantal Akerman promène sa caméra des deux côtés de la frontière américano-mexicaine, filmant notamment les ressortissants mexicains qui, traqués continuellement par les services de l’immigration, risquent leur vie pour échapper à la misère de leur pays et gagner les États-Unis.


Natalia Almada, Al Otro Lado
États-Unis, 2005, vidéo, couleur, 66’, vo st angl.

À Mexico, capitale de la drogue, un homme aspirant à devenir compositeur de musique corrido se trouve face à deux possibilités pour améliorer sa vie : se livrer au trafic de drogue ou traverser clandestinement la frontière américaine. De Sinaloa et Mexico aux rues de South Central and East à Los Angeles, Al Otro Lado explore le milieu de la contrebande de la drogue et de l’immigration illégale, ainsi que de la musique corrido qui évoque ces deux mondes.


Ursula Biemann, Performing the Border
Suisse / Mexique, 1999, vidéo, couleur, 42’, vo st fr.

Avec Performing the Border, Ursula Biemann enquête sur les conditions de vie et de travail des femmes à Ciudad Juárez, ville mexicaine frontalière des États-Unis où sont implantées plusieurs usines américaines. Prenant comme point de départ une publicité de la société Elamex qui vend la main-d’œuvre féminine au prix d’un dollar l’heure, la vidéaste montre que la construction sociale et technique de la frontière s’étend jusqu’à la sexualité de celles dont la "performance" est vantée dans l’image.


Ursula Biemann et Angela Sanders, Europlex
Suisse, 2003, vidéo, couleur, 20’, vo st fr.

Europlex montre différentes activités de la zone frontalière entre l’Espagne et le Maroc et en rend visibles les motifs. Sur ses trajets répétitifs, du poste de frontière à l’enclave espagnole, la vidéo suit en trois séquences les femmes contrebandières qui superposent des couches de vêtements sur leurs corps, la permutation journalière des domésticas qui se transforment en voyageuses du temps alors qu’elles passent des fuseaux horaires dans les deux sens.


Henri Cartier-Bresson, L’Espagne vivra
Espagne / France, 1939, 35 mm, nb, 45’

Alors que les républicains étaient de plus en plus menacés en Espagne, le secours populaire demanda à Henri Cartier-Bresson de réaliser un nouveau film dans ce pays. Il en avait déjà tourné un en 1937, Victoire de la vie, à la demande de la Centrale sanitaire internationale. Trois axes structurent L’Espagne vivra : la présence militaire étrangère venue aider la rébellion franquiste, une dénonciation de la politique de non-intervention menée par les gouvernements français et anglais, la valorisation du travail militant des membres du secours populaire, en faveur de l’Espagne républicaine.

Ce film a été restauré par le ministère de la Culture et de la Communication et les Archives françaises du film (Centre national de la cinématographie).


Andrés Denegri, Uyuni
Argentine, 2005, vidéo, couleur, 8’, vo st fr.

Uyuni est un film conçu sous le signe du voyage romantique brisé, manqué ou gâché – somme toute impossible. Le voyage permet d’arpenter la frontière entre les divers pays, de brouiller les limites géographiques et perceptives, et devient ici le symbole de l’indicible entre le masculin et le féminin.


Andrés Denegri et Gabriela Golder, Certaines limites, d’un endroit à l’autre
Chili / Brésil / Colombie, 2003-2005, 26’, vidéo, vo st angl.

Huitième épisode du cycle "Lúcida", conçu pour la télévision par Andrés Denegri et Gabriela Golder à partir des vidéos d’artistes latinoaméricains, Certaines limites, d’un endroit à l’autre présente une réflexion sur la notion de frontière contemporaine – qu’elle soit géographique, politique ou imaginaire – à travers l’association de trois oeuvres : Indocumentado [Sans-papiers] d’Edgar Endress (Chili, 2005), 0778 man.road.river de Marcellus L. (Brésil, 2004) et Boomerang de Mario Opazo (Colombie, 2003).


Tin Dirdamal, De Nadie
Mexique, 2005, vidéo, couleur, 81’, vo st angl.

Le cauchemar de milliers de Latino-Américains au cours de leur difficile traversée du Mexique, alors qu’ils tentent de rejoindre les États-Unis. Une aventure avant tout humaine, ainsi que le revendique le jeune réalisateur qui signe ici son premier film.


Olivier Dury, Mirages
France, 2008, 35 mm, couleur, 46’

Chaque jour, à mille lieues d’ici, des dizaines d’hommes porteurs d’un espoir inouï s’en vont, désireux d’atteindre l’Europe.
Durant les premiers jours de leur traversée entre Agadez et Djanet, entre Niger et Algérie, les émigrants doivent affronter le temps du désert, ses stases, ses accélérations foudroyantes, son immobilité minérale.
Cette épreuve qui les traverse fait d’eux des sans-papiers. C’est durant ce trajet que le film les singularise, les détourne un instant de l’invisibilité qui les attend.


Víctor Erice, La Morte rouge [Soliloquio]
Espagne, 2006, vidéo, couleur, 33’, vo st fr.

Au moyen d’un montage de photographies et d’images d’archives, Víctor Erice tente de retrouver ses premières émotions cinématographiques – ce sentiment équivoque de douleur et de réconfort, de peine et de joie qui lui arrivait de l’écran et qui fonda sa relation contradictoire avec les images en mouvement –, en faisant notamment référence au premier film qu’il vit, La Griffe sanglante de Roy William Neill.


Ezéquiel Fernandez, Armand Guerra, requiem pour un cinéaste espagnol
France, 1998, vidéo, couleur, 50’, vo st fr.

Ce film raconte l’histoire d’un cinéaste et militant anarchiste disparu en 1939. L’écriture de cette histoire s’organise autour des recherches de Vincente Ricart, qui retrouve la trace de son père, Armand Guerra, et, grâce à son film Carne de Fieras, redécouvre son passé cinématographique : celui du cinéaste qui a créé la Coopérative du cinéma du peuple à Paris en 1913, où il réalise plusieurs films, dont Le Vieux Docker et La Commune (restaurés par la Cinémathèque française).
De 1920 à 1931, Armand Guerra vit à Berlin au studio UFA, puis, expulsé par le régime nazi en 1932, rejoint l’Espagne, où il réalisera Carne de Fieras en 1936.


Péter Forgács, El Perro Negro: Stories from the Spanish Civil War
Pays-Bas, 2005, vidéo, nb et couleur, 84’, vo st fr.

À partir d’archives privées, Péter Forgács part sur les traces de deux contemporains de la guerre d’Espagne : un étudiant madrilène ayant survécu au conflit et un industriel catalan abattu après quelques jours de combat. S’ils ont connu des trajectoires opposées, leurs images personnelles s’associent pour ressusciter l’atmosphère de l’Espagne des années 1930-1940. Assemblage poétique de films amateurs et de citations d’hommes et de femmes qui ont participé à la guerre civile, ce documentaire très personnel cherche à retranscrire le contexte dans lequel cette guerre prit place. Un film où l’intime rejoint la grande Histoire. "Durant des décennies, la représentation de la guerre d’Espagne s’est résumée aux clichés noir et blanc de Robert Capa. C’était toujours […] la vision simplifiée d’une lutte entre le bien et le mal – très éloignée pour moi de l’Espagne réelle." (Péter Forgács)


Sylvain George, No Border (Aspettavo che scendesse la sera)
France, 2005-2008, vidéo, nb, 23’

Paris, ville ouverte. Vertiges des commémorations. Ruines. Vents. Marées. De jeunes migrants irakiens, afghans, iraniens errent dans les rues, entre soupes populaires et camps de fortune. Partant, ils mettent en crise l’ordre des choses et la société bourgeoise. Un mouvement d’émancipation advient, profondément mélancolique, élégiaque : redéfinir le concept de révolution par un nouveau concept d’Histoire.


Sylvain George, L’Impossible – pages arrachées

Placé sous les auspices de Rimbaud, Lautréamont, Dostoïevski et Benjamin, ce "film essaie d’attester et de témoigner des politiques iniques qui façonnent notre temps, du caractère “infernal” de certaines vies politiques (celles des migrants / des immigrés, des travailleurs, des chômeurs, des étudiants…). Il essaie d’opérer […] une stase critique des réalités mythiques et majoritaires qui créent des états d’exception, furtifs ou non, et […] travaille au corps la question de la révolte et de l’insurrection, […] essaie de montrer des processus de débordement, de désidentification, de déterritorialisation, de reconfiguration indécidable." (Sylvain George)


Sylvain George, Partie I : Niggers Wood (Je brûle comme il faut !)
France, 2009, vidéo, nb et couleur, 15’

"Calais, ville désolée. Everybody knows! Blancheur de la neige qui recouvre la ville. Ombres noires et tutélaires, croix et beffroi, qui la dominent. Feux écarlates qui l’enveloppent et la brûlent. Figures et visages de personnes qui reviennent de loin. Migrants. Parias. Variation sur des paysages et vies politiques calcinés et infernaux : les corps-nègres." (S. G.)


Sylvain George, Partie II : Ballad For a Child (On ne te tuera pas plus que si tu étais cadavre)
France, 2009, vidéo, couleur, 26’

"Calais, ville désolée. Everybody knows! Invocation : Dans un petit bois, la “jungle”, un jeune homme qui vient de loin, d’un Moyen-Orient en guerre, est mort assassiné. C’était en décembre 2008. Et c’est un monde entier, politique, à qui l’on fera rendre l’âme, qui rend l’âme. Évocation : Un jeune homme passe qui vient de loin, comme un nouvel Orphée, politique, noir et révolté. Et ses paroles, traces et survivances, comme un chant, viennent de plus loin encore : des gouffres, de la mer et des déserts, de l’oubli, des lisières infinies. Un jeune homme impossible que plus rien ni personne ne saurait désormais arrêter…" (S. G.)


Sylvain George, Qu’ils reposent en révolte (Des figures de guerres)
Partie I : Nuits polaires
Work in progress, France, 2005-2009, vidéo, nb, 40’

Premières images d’un film en cours sur les politiques migratoires en Europe et les mobilisations sociales. Premiers fragments sur la situation des personnes migrantes à Calais.


Carlos Hagerman et Juan Carlos Rulfo, Los que se quedan
Mexique, 2008, vidéo, couleur, 100’, vo st angl.

La vie quotidienne de onze Mexicains ayant émigré aux États-Unis et le portrait des familles laissées derrière eux. Pour certains, ce pays représente une chance de vie meilleure… Mais pour "ceux qui restent", c’est le silence, la nostalgie et l’attente.


Joris Ivens, Terre d’Espagne
commentaire d’Ernest Hemingway
États-Unis, 1937, 35 mm, nb, 55’, vo st fr.

L’agonie de la guerre civile espagnole. Ce film a été tourné en mars et mai 1937, à l’initiative d’un groupe d’intellectuels américains pour soutenir la République espagnole. Soldats et paysans sont associés dans un combat contre l’oppression et une nature hostile. Les images de guerre alternent avec celles des moyens dérisoires dont disposent les hommes de l’arrière pour faire vivre la population. "Terre d’Espagne affirme l’importance de l’idéologie, sans nier celle du regard, réconcilie Vertov et Flaherty, assigne déjà à la parole et aux sons leur qualité de ”vécu“, en renforcement ou en contrepoint d’une image qui garde la primauté. Leçon plus que jamais d’actualité." (Louis Marcorelles, Le Monde, 1977)


Amar Kanwar, A Season Outside
Inde, 1997, vidéo, couleur, 30’, vo

"Il n’existe peut-être aucun poste de frontière semblable à celui de Wagah, où le film commence son exploration. Un poste où tout le monde s’aligne à une mince ligne blanche […], et où probablement n’importe qui au cœur d’un conflit peut se reconnaître. A Season Outside est un voyage personnel et philosophique à travers les générations passées, les points, frontières et zones temporelles de conflit. » (Amar Kanwar)


Nathalie Loubeyre et Joël Labat, No Comment
France, 2008, vidéo, couleur, 52’

Calais et ses alentours, six ans après la fermeture du centre d’accueil de réfugiés de Sangatte. L’errance des migrants afghans, irakiens, kurdes, palestiniens, soudanais… qui, dans l’attente d’un passage vers l’Angleterre, subsistent à l’écart, en marge du monde des hommes.


Juan Manuel Sepúlveda, La Frontera infinita
Mexique, 2008, vidéo, couleur, 90’, vo st fr.

Chaque année, un demi-million de gens traversent le Mexique pour tenter d’entrer aux États-Unis. La plupart d’entre eux (dont de nombreux mineurs) sont arrêtés puis ballottés d’un centre de détention à un autre, avant d’être renvoyés dans leur village et de tenter à nouveau le grand voyage "de l’autre côté du mur". Un regard inédit sur cette étape méconnue de l’immigration, véritable no man’s land peuplé d’hommes et de femmes incroyablement tenaces, prêts à tout – y compris la mort – pour atteindre le "rêve américain".


Paul Strand, Herbert Kline, Geza Karpathi et Leo Hurwitz, Heart of Spain
États-Unis, 1937, 16 mm, nb, 30’, vo

Une aventure individuelle dans une entreprise collective, celle de cinéastes américains engagés, filmant la guerre civile espagnole.


Laura Waddington, Border
France / Grande-Bretagne, 2004, vidéo, couleur, 27’, vo st fr.

En 2002, Laura Waddington a passé plusieurs mois dans les champs autour du camp de la Croix-Rouge à Sangatte avec des réfugiés afghans et irakiens qui essayaient de traverser le tunnel sous la Manche pour rejoindre l’Angleterre. Filmé entièrement de nuit avec une petite caméra vidéo, Border est un témoignage personnel, d’une grande beauté plastique, sur le sort des réfugiés et la violence policière qui a suivi la fermeture du camp.