Rétrospective Omar Amiralay
du 16 au 21 octobre 2007

Photographe et cinéaste syrien, Omar Amiralay est né en 1944 à Damas, en Syrie, et a suivi des cours d'art dramatique à Paris avant de rejoindre l'IDHEC, l'Institut des Hautes Études Cinématographiques, en 1968.

Dès les années 1970, il réalise et co-réalise plusieurs documentaires en Syrie dont La Vie quotidienne dans un village syrien. En 1980, il s'installe à Paris et réalise une vingtaine de documentaires pour la télévision française, parmi lesquels Le Malheur des uns, en 1981, Un parfum de Paradis, en 1982, L'Ennemi intime, en 1985, À l'attention de Madame Le Premier ministre Benazir Bhutto, en 1989, Par un jour de violence ordinaire, mon ami Michel Seurat, en 1995. Il y a tant de choses à raconter, en 1997, obtient le Grand Prix IMA du long métrage documentaire lors de la 4e Biennale des Cinémas arabes à Paris.

Omar Amiralay est l'auteur d'une œuvre cinématographique qui explore les réalités et les contradictions qui touchent les sociétés arabes. Entre documentaire et fiction, son travail propose une interprétation du réel. Il questionne les notions de vérité et de mémoire en établissant un dialogue subjectif et complice avec la vie et les gens.



FILMS PRÉSENTÉS DANS LE CADRE DE LA RÉTROSPECTIVE

Les Poules (Al Dajaj)
1977, 35 mm, nb, 40', vostf
L'État syrien encourage les habitants d'un village-pilote, Sadad, à délaisser leurs activités traditionnelles pour se lancer dans l'élevage de poules et la production d'œufs. Cet élevage devient monstrueux puis connaît une récession.

Le malheur des uns… (Masa'ibou Qawmen)
1982, 16 mm, couleur, 52', vostf
Dans le quartier de Chiah, à Beyrouth-Ouest, deux cent cinquante mille musulmans chiites vivent dans la psychose de l'attentat aveugle. L'invivable est mis en scène en tragi-comédie de la folie collective. Rituel lent avec deux personnages : le premier, Haj Ali, entrepreneur de pompes funèbres, qui a appris son métier pendant la guerre civile libanaise. Le second, plus fascinant peut-être parce qu'il résume le drame libanais, a été capturé au cours d'un combat puis relâché sain et sauf par les milices de droite parce qu'il était muet.

Le Sarcophage de l'amour (Al Houb Al Mawood)
1985, 16 mm, couleur, 50', vf
À ces femmes — star de cinéma, avocate, femme de ménage, écrivain, jeune célibataire — qui se racontent en tableaux délicats, tendus et subtilement composés, font écho des récits d'hommes : intimité d'une société vue sous un de ses aspects les plus contemporains.

Il y a tant de choses encore à raconter (Hounalika Achya'a Kathira Kana Youmken An Yatahadath Anha Al Mar'e)
1997, vidéo, couleur, 50', vostf
Le grand dramaturge Saadallah Wannous, ami et coauteur du cinéaste, se meurt, épuisé par un cancer qui, dit-il, s'est déclaré pendant la guerre du Golfe. Dans le silence d'une chambre d'hôpital, les images du passé semblent encore hanter cet homme malade de la "cause arabe", dont la parole sombre et implacable exprime les désillusions et le sentiment d'échec de toute une génération.

La Vie quotidienne dans un village syrien (Al Hayat Al Yawmiya fi Qariya Souxriyya)
1974, 35 mm, nb, 85', vostf
Conception : Omar Amiralay, Saadallah Wannous
Le film dévoile le contraste violent entre le discours officiel sur la réforme agraire et la réalité des paysans abandonnés face aux propriétaires féodaux.

À l'attention de Madame le Premier ministre Benazir Bhutto (Ila Janab Al Sayyda Raisat Alwezara' Benazir Boto)
1989-1994, 16 mm, couleur, 62', vostf
En 1988, Benazir Bhutto est élue à la tête du Parti du peuple pakistanais et devient Premier ministre du Pakistan. L'année suivante, Omar Amiralay se rend au Pakistan pour tenter de comprendre le personnage dans sa réalité. Mais ses tentatives répétées pour obtenir un entretien avec elle restent vaines ; l'absence devient la matière même du film.

L'Ennemi intime (Al Adou Al Hamim)
1986, 16 mm, couleur, 54', vf
Les attentats qui frappent Paris en 1985 déclenchent une vague d'hostilité envers les immigrés arabes et les musulmans de France. Ben Massoud raconte son arrivée à Marseille, ses espoirs et sa déception. Bassam, Syrien naturalisé français, propriétaire d'un restaurant et imam, se sent intégré tout en conservant sa culture et sa foi. Cette galerie de personnages approchés avec délicatesse et ironie désamorce les focalisations médiatiques sur cette "question de société" tout en affirmant une implacable critique des intégrismes.

Déluge au pays du Baas (Toufan Fi Balad Al Baas)
2003, vidéo, couleur, 46', vostf
Trente-trois ans après son premier court métrage, le cinéaste avoue regretter son "erreur de jeunesse", son ode au barrage de l'Euphrate, fierté du parti Baas au pouvoir. L'action se déroule dans le village de El Machi, entité qui se fait "résumé" d'un pays que le parti Baas façonne depuis quarante ans.

Ombres et lumières (Nouron wa Zilal)
1994, vidéo, couleur et nb, 35', vostf
Scénario et réalisation collective : Omar Amiralay, Mohamed Malas, Oussama Mohammad
Pionnier du cinéma syrien, inventeur, technicien et metteur en scène du premier film syrien parlant (Ombre et lumière, 1948), Nazir Chahbandar veille sur les restes du studio qu'il construisit dans les années 1940, figure fragile et déterminée d'une passion pour le cinéma.

Un parfum de paradis (Ra'Ihatou Al Janna)
1982, 16 mm, couleur, 42', vf
Été 1982, deux mois après le déclenchement de l'opération Paix en Galilée, l'armée israélienne envahit le Liban et pilonne Beyrouth pour en chasser les Palestiniens. Dans la ville déchirée, la télévision enregistre les déclarations des responsables politiques.
À Beyrouth-Ouest, Libanais et Palestiniens, civils et combattants mêlés, racontent leurs errances et leurs deuils dans une ville en train de disparaître.
Le 15 juillet 1982, peu avant le départ de l'OLP de Beyrouth, Arafat déclare que ses soldats ont un moral excellent et qu'ils sentent "comme le parfum du paradis".

L'Homme aux semelles d'or (Al Rajol Zou Annal' Azzahabi)
2000, vidéo, couleur, 55', vostf
En 2000, Rafiq Hariri, entrepreneur et milliardaire, était le leader de l'opposition libanaise après avoir été Premier ministre. Au cours de leurs rencontres, le cinéaste a exploré les paradoxes du pouvoir et mis en scène les mésaventures qui guettent l'intellectuel critique, la force et le charisme du personnage.

Par un jour de violence ordinaire, mon ami Michel Seurat… (Fi Yaom min Ayyam Al Ounf Al Adi, Mata Sadiqui Michel Seurat…)
1996, 16 mm, couleur, 50', vostf
Conception : Omar Amiralay, Mohamed Malas
Le 22 mai 1985, Jean-Paul Kaufman et Michel Seurat sont enlevés par le Djihad islamique sur la route de l'aéroport de Beyrouth. Seurat meurt après neuf mois de séquestration. Les voix de sa compagne et de son ami, quelques objets, un clair-obscur : la figure absente de cet homme passionné d'Orient est au centre des mots et des rares documents. Une figure que guette l'amertume de la déception.