Ultralab™
L'Île de Paradis™ (version 1.15)
Un voyage au milieu du temps





Exposition présentée dans le cadre de la programmation "Terrains de jeux"
("Programmation satellite") imaginée par Fabienne Fulchéri

avec la participation de At Dead Horse Point, Christophe Demarthe,
Anne-Valérie Gasc, Soyung Lee, Anne-Laure Sacriste…

Commissaire de l'exposition : Fabienne Fulchéri




Ultralab™ est un groupe d'artistes assez mystérieux, né sans doute à Paris en août 2000. Désireux d'expérimenter une forme inédite d'autonomie artistique, économique et politique, ses membres semblent travailler aux frontières de l'art, de la science et de la communication. Selon les projets, ils développent un principe d'invitations régulières adressées à des intervenants issus de disciplines variées.
Ils mènent par exemple des opérations secrètes dans le milieu de l'art contemporain, pour mieux déjouer certains de ses mécanismes pervers. Ils ont en particulier récemment laissé entendre être les auteurs des dix cartons d'invitation à des expositions inexistantes, qui circulèrent dans Paris en 1999, suscitant localement une certaine émotion.
Depuis sept ans, le groupe développe aussi des "fictions plastiques" qui s'appuient sur le langage des nouvelles technologies. Les dispositifs qu'il invente donnent lieu à des installations in situ, mais naissent ou se prolongent aussi sur Internet, ainsi qu'au travers de divers supports plus ou moins matériels : films, dessins, photographies, peintures, jeux, textes, musiques, sons, images de synthèse, programmes informatiques, publications etc.

Pour l'exposition "L'Île de Paradis™ (version 1.15)"*, qui s'inscrit dans la programmation "Terrains de jeux" imaginée par Fabienne Fulchéri, Ultralab™ a conçu, selon ses propres mots, un "générateur automatique aléatoire et dysfonctionnel d'utopies insulaires". Ce vaste dispositif multimédia entraîne les visiteurs dans un Jeu de Paume reconstruit à la manière d'un terrain de jeu vidéo, truffé de références choisies dans l'histoire des idées, de la littérature, de l'art ou encore du cinéma de série B, et réparties dans l'espace comme autant de petites bombes neuronales. Plongé dans une "partie" qui le conduit à se déplacer virtuellement dans les salles d'exposition, le visiteur devenu à la fois joueur maladroit et explorateur hésitant découvre un univers parallèle étrange, envahi par la mer et parsemé d'îlots paradisiaques. Des constructions énigmatiques sont disséminées sur ces îles, et des passages secrets permettent d'accéder à des zones souterraines du bâtiment, inaccessibles dans la réalité et peut-être même fantômes.
Des écrans placés dans différents endroits du Jeu de Paume permettent à d'autres spectateurs de suivre en direct la partie en cours. Le dispositif se déploie ensuite dans l'ensemble de l'édifice sous d'autres formes, visibles ou non, parasitant salles d'exposition, escaliers, couloirs, salle de documentation, toilettes… Archipels de bois peints aux couleurs de la gamme de L'Île de Paradis™, grands monochromes… dialoguent malicieusement avec l'histoire de la peinture abstraite comme avec l'univers des effets spéciaux hollywoodiens. L'attirail technique (dont on ne sait s'il fonctionne réellement) qui laisse entrevoir la "machinerie" d'Ultralab™ et l'allusion récurrente aux œuvres d'Yves Klein autant qu'au fameux fond bleu du cinéma numérique** brouillent les pistes. Ultralab™, producteur de leurres et de pièges, ne cesse ainsi de trafiquer le vrai et le faux, à l'intérieur d'un récit pseudo fondateur dont vous pouvez devenir, si vous le souhaitez, l'anti-héros abstrait...

Sur le réseau Internet (espace virtuel du site www.jeudepaume.org), diverses excroissances du projet répertorient, documentent, archivent, expérimentent et déconstruisent, à la manière d'un laboratoire portable, une certaine idée de l'utopie, et réactivent son potentiel de subversion joyeuse et productive.



* La version 1 a été présentée en janvier 2007 à l'Espace arts plastiques de Vénissieux, en banlieue lyonnaise.
** Qui permet de découper et d'incruster des acteurs ou des objets sur des arrière-plans différents, des images de synthèse par exemple.