Petit Journal #35 : Eija-Liisa Ahtila : une rétrospective





Exposition coproduite avec le K21 à Düsseldorf,
et organisée en partenariat avec
l’ambassade de Finlande à Paris,
À Nous Paris, aufeminin.com,
Beaux-Arts Magazine, evene.fr et Télérama






Née en 1959 à Hämeenlinna, Eija-Liisa Ahtila est une artiste finlandaise vivant à Helsinki. Des études artistiques à Helsinki et Londres complétées, entre 1994 et 1995, à Los Angeles, où elle suit les cours de l’Université de Californie et de l’American Film Institute, lui permettent d’aborder tous les registres de l’image en mouvement : la vidéo, les images numériques, et surtout le cinéma. Elle les utilise pour construire des récits dans lesquels elle transpose des situations et des motifs de l’aliénation contemporaine.

Eija-Liisa Ahtila définit ses œuvres comme des "drames humains". Ses représentations de l’adolescence, de la sexualité, des relations familiales, de l’exclusion, de la séparation, mais aussi de la souffrance et de la mort construisent un univers émotionnel très fort. Sous un jour à la fois intimiste et irrationnel, Eija-Liisa Ahtila décrit des tensions intérieures extrêmes et des communications perturbées où la distinction entre réel et imaginaire n’a plus cours.

Eija-Liisa Ahtila occupe une place singulière sur la scène artistique, entre les héritages des démarches conceptuelles et alternatives des années 1960 (où la vidéo était un outil d’enregistrement et d’expérimentation) et ceux du documentaire, du cinéma expérimental, mais aussi du cinéma commercial, de la télévision et de la publicité. Elle oscille sans a priori entre différents formats d’apparition des images, passant du cadre muséal avec de vastes installations dans l’espace, au petit ou au grand écran. Son œuvre se confronte à une dimension spectaculaire, tant dans la sophistication de la mise en scène que par l’utilisation d’écrans multiples. L’illusion est, selon Ahtila, une "matière" pour son travail. La précision du scénario, la direction d’acteurs, le montage et les effets spéciaux servent la complexité des situations et instaurent des procédures narratives déconcertantes pour le spectateur. Cette écriture formelle place celui qui regarde en position active : il doit raccorder, ou non, les fragments d’une histoire à plusieurs niveaux.

L’exposition du Jeu de Paume, première rétrospective de cette artiste en France, comprend un ensemble de sculptures, deux séries de photographies, et quatre installations filmiques dont Where is Where?, produite pour l’exposition.



DESCRIPTIONS DES ŒUVRES
suivant le parcours de l’exposition

Me/We; Okay; Gray
1993, 3 x 90’’, installation DVD pour 3 moniteurs télé sur meubles de bois trois courts-métrages entre publicité et fiction

Me/We a pour sujet le contrôle et l’équilibre de notre identité individuelle. Le film est centré sur un épisode familial absurde, raconté à travers la voix du père pendant qu’avec sa femme et ses deux enfants, ils étendent le linge dans le jardin. Il s’adresse directement au spectateur, mais sa voix sort ensuite parfois de la bouche des autres personnages.
Dans Okay, un seul personnage-narrateur apparaît à l’écran mais plusieurs voix, féminines ou masculines, interprètent ses humeurs, désirs et inhibitions pendant une relation sexuelle.
Gray traite du moment où la réalité bascule à la suite d’une catastrophe, et des frontières pas toujours bien définies entre le Moi et l’Autre.


Where is Where?
2008, installation HD, 6 écrans

Where is Where? est un film qui aborde le thème du colonialisme. Le point de départ renvoie à un fait réel ayant eu lieu à la fin des années 1950, en Algérie, où en réaction aux atrocités commises par les Français, deux jeunes Algériens ont tué leur camarade français. Les événements sont traités comme une fiction et reconstitués dans un décor, comme au théâtre.
Nourrie de textes de Frantz Fanon, psychiatre et militant anticolonialiste d’origine antillaise, cette œuvre adopte une forme très poétique et aborde ce meurtre, au travers des questions du temps et de la mort, à la lumière de la situation mondiale actuelle.


The House Sculptures
2004, 4 sculptures, matériaux divers

Dans ces quatre sculptures et dans l’installation The House, l’idée de maison est traitée d'une manière très différente, mais aux yeux de l’artiste, "dans les deux cas, la maison est une sorte de métaphore de l’esprit humain".


Scenographers’ Mind I to IX
2002, série de 18 photographies

Encadrées deux à deux, ces photographies forment des diptyques qui reposent, à trois exceptions près, sur le principe du montage entre deux opposés, comme le proche et le lointain, l’intérieur et l’extérieur, ou un portrait et un paysage. Elles fonctionnent comme des notes de travail.


Consolation Service
1999, 23’40’’, installation DVD, 2 écrans

Consolation Service a pour thèmes la mort, la rupture, le temps qui passe. Le film raconte la vie d’un jeune couple en plein divorce. Dès le début, la narratrice nous livre ses réflexions sur la situation que l’on voit à l’écran, déroulant ainsi tout au long du récit un second niveau de lecture. Le style du film mélange réalisme documentaire et cinéma fantastique.
L’œuvre est conçue pour deux écrans : l’image de droite concerne l’histoire, décrit le cours des événements, tandis que celle de gauche s’attarde davantage sur le paysage, des émotions et de petits détails qui dévoilent les sous-entendus du récit.


The House
2002, 14’, installation DVD, 3 écrans

The House raconte l’histoire d’une femme qui entend des voix, lesquelles bouleversent sa notion du temps et de l’espace.
Conçu à partir d’entretiens réalisés avec des femmes psychotiques, le film donne une vision approfondie du basculement dans l’irrationnel à travers un récit qui repose sur la perte des repères temporels et spatiaux.


Fishermen / Études n° 1
2007, 5’34’’, installation DVD, 1 écran

La scène se passe en Afrique occidentale.
Des pêcheurs prennent le large, malgré un vent violent et des vagues énormes. Leur embarcation finit par chavirer et l’équipement de pêche se répand dans l’eau.


Dog Bites
1992-1997, série de 8 photographies couleur

Dans cette série d’un humour grinçant, un modèle féminin, nu, mime les comportements d’un chien. Ni autoportrait, ni stigmatisation d’un problème de société, ce projet reste très énigmatique.


The Hour of Prayer
2005, 14’12’’, installation DVD, 4 écrans

The Hour of Prayer est un petit conte sur l’attachement et la mort qui s’inspire de la vie de l’artiste.
Derrière les événements liés à la mort d’un chien se cache le thème sous-jacent de l’intrusion de la mort et du deuil dans un foyer. L’installation est faite d’images réalisées au moment des événements, et de reconstitutions. L’action se déroule du mois de janvier à New York au mois de décembre au Bénin.