"Richard Avedon et Virginie Yassef" par Marta Gili


À mon sens injustement rangée du côté du glamour, de la célébrité et du pouvoir, l’œuvre de Richard Avedon – que nous présentons cet été au Jeu de Paume – témoigne au contraire d’un parcours artistique riche en positions critiques sur la photographie, la représentation du réel et la construction identitaire.

Chez Richard Avedon, un portrait se joue dans la courte distance physique le séparant de son sujet – un espace où l’habileté du photographe entre en tension avec le besoin extrême de construction de sa propre image éprouvée par le modèle. Pour lui, il n’y a pas de photographie "vraie", et d’ailleurs nous n’avons pas une, mais plusieurs identités. Ainsi, politiciens, mineurs, mannequins, clochards, stars du cinéma ou anonymes : tous deviennent des personnages sous la baguette du photographe, incarnant une identité parmi tant d’autres qui nous caractérisent. Cette première grande rétrospective Richard Avedon en France est donc l’occasion d’apprécier ses clichés les plus classiques, mais aussi de redécouvrir une œuvre profonde et intelligente.

Par ailleurs, le dernier des 4 "Terrains de jeux" proposés par Fabienne Fulcheri dans le cadre de la programmation satellite 2007-2008, présente un projet de Virginie Yassef. Malgré sa distance critique et générationnelle évidente par rapport à Richard Avedon, Virginie Yassef elle aussi fabrique ses propres décors, proches de la science-fiction. Dans ces espaces d’expérimentation, elle crée des récits à base de bribes d’images, de sons, d’objets, et bien sûr d’autres récits, donnant lieu à un univers aussi ludique qu’évocateur.


Marta Gili / Juin 2008