Petit Journal #41 : "Angela Detanico & Rafael Lain : 25 / 24"

Nés respectivement en 1974 et 1973, Angela Detanico et Rafael Lain travaillent ensemble depuis une dizaine d’années. Ce couple d’artistes brésiliens, qui réside en France, fait dialoguer langage et image à travers différents médiums. Intitulée "25 / 24", l’exposition conçue pour la programmation Satellite poursuit cette exploration en interrogeant les rapports complexes qui lient le temps à l’espace.

Dès le hall d’entrée du Jeu de Paume, le visiteur expérimente la première œuvre du dispositif.
Déployée au sol, une moquette au motif créé par les artistes – une rose des vents schématisée – redéfinit une nouvelle géographie. La répétition et la proximité des signes brouillent les repères et engendrent la confusion, dessinant un ordre des choses inédit. Le spectateur est ainsi conduit à s’interroger sur sa position dans l’espace, mais également sur les rapports de force qui régissent le monde et sa géopolitique.
Angela Detanico et Rafael Lain poursuivent ici une réflexion sur le rôle du langage et sur la place, symbolique et physique, qu’il occupe au sein de nos sociétés, révélant ses multiples fonctions : outil de communication, mais également instrument de lecture et reflet de différentes cultures. Empreints de sémiologie, leurs travaux puisent leur source dans l’univers du graphisme et de la communication dont ils détournent les codes avec subtilité. Ils créent ainsi de nouvelles typographies en substituant aux lettres des alphabets traditionnels des formes issues du quotidien ou de l’univers scientifique.

Fidèles à cet esprit, les artistes présentent dans la mezzanine une nouvelle série de tirages réalisés à partir de la juxtaposition de différents fuseaux horaires. À chacune des lettres de l’alphabet – à l’exception de la lettre j, soit 25 lettres en tout – correspond l’un des 24 fuseaux horaires. Des expressions comme "midi à Paris" sont ensuite transcrites selon ce code, complété par une application de couleurs qui respecte le cycle du jour et de la nuit.

Dans le foyer, une vidéoprojection montre une forme géométrique qui se révèle être la silhouette du Pentagone. Jouant sur l’aspect graphique du bâtiment mais aussi sur le sens symbolique qui s’y rattache, cette œuvre donne à voir une image quasi hiératique. L’observateur patient découvrira sur la figure d’infimes changements correspondant aux variations de luminosité qui ont été modélisées. Transformé en cadran solaire, le Pentagone passe de l’ombre à la lumière, de l’omniprésence à la disparition presque complète.
En écho à cette œuvre, une double projection met en présence, côte à côte sur le mur, deux visions d’un même paysage. Ces images scintillantes, qui semblent légèrement se mouvoir, ne relèvent pas de la vidéo mais de la photographie. Il s’agit en effet d’images fixes qui sont en cours de manipulation dans un logiciel de retouche photo. Chaque pixel noir a été sélectionné, entraînant cet aspect vibratoire. Detanico et Lain interrogent ici avec pertinence les passerelles qui unissent aujourd’hui les différents statuts de l’image.

Une œuvre présentée sur le site Internet du Jeu de Paume vient compléter et enrichir cette réflexion.