"Ouvertures / Openings" : les performances

"Ouvertures / Openings", fruit d'une collaboration entre la FIAC, l'Auditorium du Louvre et le Service Culturel du Jeu de Paume, connaît à l'automne 2008 sa première édition. Intégrant l’actualité des pratiques de la performance et du dialogue entre les disciplines dans l’art contemporain, ce programme s’inscrit à l’intersection entre musique, danse contemporaine, performance et théâtre. Il propose autant d'expérimentations sous la forme d'actions live, occupant des lieux divers et ouvrant de nouveaux périmètres au champ de la performance artistique.



Franz Erhard Walther

Franz Erhard Walther est né en 1939 en Allemagne. Après avoir suivi une formation en arts appliqués puis à l’École des Beaux-Arts d’Offenbach, l’artiste s’inscrit à la Kunstakademie de Düsseldorf. Il conçoit alors la forme à partir de l’action, celle de l’artiste lui-même ou celle du spectateur. Poussant au plus loin les principes de l’art informel, Franz Erhard Walther conçoitt en effet des objets et des situations qui peuvent être complétés par le corps d’une personne (qu’il s’agisse de lui même ou de figurants). En invitant le public à matérialiser l’œuvre, l’artiste souhaite l’impliquer, le responsabiliser dans la création, et lui demander un engagement à la fois physique et mental.

L’action Höhe, Breite, Tiefe consiste à faire évoluer la position de trois baguettes de bois, fixées par une ceinture au buste de l’artiste de façon à suggérer les trois dimensions : hauteur, largeur, épaisseur. Erhard Walther déplace ces baguettes vers l’avant, l’arrière, la droite, la gauche le haut et le bas. Ces mouvements suggèrent la contradiction et l’expansion des limites du corps dans l’espace environnant. Par cette action, il propose une expérience, à la fois, de sculpture et de modelage du temps et de l’espace.


Tony Conrad & Guests

Tony Conrad, compositeur et violoniste, pionnier de la musique minimaliste, réalisateur de films et de vidéos, est né à Baltimore en 1940. Après l’obtention de son diplôme à Harvard en 1962, il s’installe à New York où il s’immerge rapidement dans la scène underground. C’est à cette époque qu’il s’engage, aux côtés de figures majeures de la musique expérimentale telles que La Monte Young et John Cale, dans le projet d’un "théâtre de la musique éternelle" (Theatre of Eternal Music). Il développe pour sa part une musique répétitive construite sur des sons constants, d’abord obtenus acoustiquement avec des accords soutenus sur instruments à cordes, puis il introduit divers procédés d’amplification et de génération électrique du son. Parallèlement, Tony Conrad commence à explorer les techniques cinématographiques, et réalise notamment le film The Flicker en 1966, le premier d’une tradition de projections stroboscopiques se rapprochant des structures de la musique minimale.

Dans le cadre du programme "Ouvertures / Openings", l’artiste propose une création spécifique pour la salle de l’Auditorium du Louvre. Son concert performance est une œuvre musicale avec un ensemble à cordes amplifié et des projections de lumières. La spatialisation du son et le dispositif visuel brouillent toute approche convenue de l’espace, pour introduire une dimension critique dans l’expérience perceptive.


Rodney Graham et le Rodney Graham Band

Rodney Graham est né en 1949 à Vancouver. Il a étudié l’histoire de l’art à l’université de Colombie-Britannique et à l’université Simon Fraser de Vancouver, ville où il vit et travaille.

L’artiste est connu pour ses performances et ses films conceptuels, ses écrits, sa musique et sa sculpture. Depuis les années 70, son travail est partagé entre la culture pop et l’art contemporain. D’abord guitariste pour la scène punk alternative canadienne, l’artiste développe ensuite sa propre écriture, composant et mettant en paroles les chansons qu’il interprète avec son groupe, le Rodney Graham Band. Il explore, au second degré, les genres musicaux : rock, punk, pop, folk, électro, un voyage à travers ce qu’il nomme les formes de "l’idiome populaire". Les thèmes d’ensemble dans l’œuvre de Graham tournent autour de la dégradation progressive des systèmes menant jusqu’à l’entropie. Ses installations d’objets, de films et de vidéos sont imprégnées de cette même culture rock et d’un sens du décalage qui joue de multiples déplacements entre les formes et les formats, les techniques et les supports, pour mieux mettre face à face la réalité et son illusion.


Jeremy Deller : Acid Brass et un programme vidéo conçu et présenté par l'artiste

Jeremy Deller est né en 1966 à Londres où il vit et travaille. Il a d'abord suivi des études d'histoire de l'art au Courtauld Institute of Art avant de se consacrer à la création artistique, au début des années 90. Il met alors en place les éléments de son œuvre multiforme, où se combinent, à travers une recherche croisant plusieurs disciplines artistiques, la passion pour la musique, les phénomènes sociaux et les traditions populaires.
En 1997, il présente à l’une des plus prestigieuses fanfares d’Angleterre, le Williams Fairey Band, une commande inattendue. Il s’agit d’interpréter une sélection de morceaux produits par la culture alternative de sa génération : l’acid house. Cette expérience, née d’une pratique libre d’amateurs, exprime une indépendance proche de la tradition des brass bands, qui se sont développées, en liaison avec les mouvements syndicaux du XIXe siècle, dans les régions industrielles du Nord de l’Angleterre, en particulier Manchester et Liverpool.

Acid Brass est une œuvre aujourd’hui mythique où l’arrangement et la notation, assurés par Rodney Newton, transposent avec une grande maîtrise musicale les sonorités rythmées de l’acid house, dans les timbres d’un ensemble de cuivres et de percussions. Du rapprochement des deux expressions musicales et culturelles opposées, naît une musique inédite et surgit surtout une conjonction inattendue sur le terrain des revendications ouvrières des années 80. Associé à cette œuvre, le diagramme History of the World dessine un réseau de relations entre musique et société.

Poursuivant son intérêt pour la culture des rave parties, et dans le prolongement de son œuvre musicale Acid Brass, Jeremy Deller conçoit et présente à cette occasion une sélection de films, dont l’œuvre de l’artiste britannique Marck Leckey, intitulé Fiorucci Made me Hardcore (1999).


Scoli Acosta et Zeek Sheck
en partenariat avec le festival In Famous Carousel

Scoli Acosta est né en 1973 et vit à Cologne ainsi qu’à Los Angeles, où il a étudié. Entre 2001 et 2002, il a séjourné en résidence aux Laboratoires d’Aubervilliers. Ses œuvres produisent des échanges entre une pratique très narrative et libre de l'improvisation et du mélange des disciplines, inscrite dans la descendance du happening, et le vocabulaire plus sculptural de l'installation. Acosta y met en scène des objets, des récits ou des références venus de ses performances ou qui les préfigurent. Pour "Ouvertures / Openings", il revient à cette pratique avec Bauhauasian Sundance through the Aztec Eye Fragment. Pour cette performance en collaboration avec le festival In Famous Carrousel, il invite l’artiste et musicienne américaine Zeek Sheck.

Selon l’artiste, cette performance "associe les expériences de voyages dans le Midwest des États-Unis, à Tel Aviv en Israël, et à Mexico. En partie narrative, à la manière du storytelling, et en partie dansée, elle sollicite un dispositif sculptural avec des éléments qui semblent sortis d'une fouille archéologique. Un vêtement "panneau solaire" conviendra puisque nous évoluons tous sous le soleil. Des bribes sonores de ces différents milieux seront accompagnées par Zeek Sheck à la batterie..."


Aurélien Froment

La démarche d’Aurélien Froment, né en 1976 à Angers, emprunte la forme d’une constellation où les œuvres dialoguent les unes avec les autres et placent le visiteur dans une sorte de scénario ouvert. Sa démarche s’appuie sur la pluralité de médiums et brouille les registres de la fiction et du documentaire. Il crée un espace où les technologies de l’image, et les gestes qui en découlent, sont mises en perspective, se superposent, se distinguent, s’influencent et se combinent, explorant de façon poétique le pouvoir sémantique des images.

For Argument’s Sake est une séance où Aurélien Froment chorégraphie sous l’objectif d’une caméra vidéo, les images auxquelles font référence les trois personnes dont nous écoutons des interviews remises en scène a posteriori. Aurélien Froment joue alors le rôle du prestidigitateur qui fait réapparaître, dédoublées, les images constituant l’objet de leurs conversations.


Jérôme Bel

Jérôme Bel, né en 1964, vit à Paris et à Rio de Janeiro. Élève du Centre National de Danse Contemporaine d'Angers de 1984 à 1985, il débute son travail personnel avec une chorégraphie d'objets, Nom donné par l'auteur (1994) puis enchaîne avec Jérôme Bel (1995), fondé sur la question de l’auteur. Dans Le Dernier Spectacle (1998), Jérôme Bel prolonge sa tentative de définition d’une ontologie du spectacle vivant. Enfin Xavier Le Roy (2000) pièce signée par Jérôme Bel, est entièrement réalisée par Xavier Le Roy, chorégraphe français vivant à Berlin, dont nous programmons Produits de circonstances (1999). Les pièces de Jérôme Bel sont résolument anti spectaculaires, au point que le chorégraphe incarne aujourd’hui la remise en cause des codes de la représentation, de la virtuosité technique, et de l’écriture caractéristique de la "jeune danse française" des années 1980. Suite d’actions et de mini défis, scénographies simplissimes, mise en scène du nu et de la trivialité du corps : Jérôme Bel déjoue les attentes du public et l’invite à un autre regard sur l’espace de représentation et ce qui s’y joue, entre performance et spectacle.

Le Dernier Spectacle (1998), est une conférence sur les enjeux de la pièce du même nom, guidée par "le sentiment que cette pièce difficile n’a pas été vraiment comprise". "Peut-être cette pièce était-elle mauvaise. Mais je crois que les questions qu’elle posait et les solutions qu’elle proposait étaient pertinentes. Aussi en changeant de médium, en utilisant "l’outil" de la conférence j’espère pouvoir mieux articuler les enjeux de ce travail."


Xavier Le Roy

Xavier Le Roy est un danseur et chorégraphe français né en 1963.
En 1990, après l’obtention de sa thèse en biologie moléculaire et cellulaire, il s’installe à Paris pour prendre des cours de danse. À partir de 1991, il débute une carrière de chorégraphe tournée vers une redéfinition constante de sa pratique et de la conception de la danse. En 1992, il s'installe à Berlin et collabore avec le collectif Detektor jusqu'en 1997. En collaboration avec Laurent Goldring, il crée en 1994 "Blut & Boredom", puis "Self-Unfinished" en 1998.

En 1999, il réalise Product of Circumstances (1999). Circumstances : "J’ai commencé par prendre des cours de danse, au moment où je débutais mon travail sur ma thèse pour mon diplôme de docteur en biologie moléculaire et cellulaire. Depuis que je travaille comme danseur ou chorégraphe je suis très souvent présenté comme un danseur atypique ou comme un danseur biologiste moléculaire (…)". Product : "Biographie comme théorie. Une conférence autobiographique qui devient une performance. Mon corps comme matière brute de l’organisation sociale et culturelle et comme la pratique de la nécessité critique (…)".


Dector Dupuy

Les artistes Michel Dector et Michel Dupuy sont nés respectivement en 1951 et 1949.
La démarche de Dector Dupuy procède, depuis les années 1980, d’un travail préalable de collecte au cœur de la ville : ils arpentent les milieux urbains en quête de traces, d’indices de vie dont ils s’emparent. Ces collectes, à la fois rebuts urbains ou signes revendicatifs "traqués" par les artistes sont à l’origine d’un processus qui s’établit autour de la notion de déplacement. Par le dérangement de ces signes, les deux artistes confèrent une visibilité et une importance à des moments qui relèvent du presque rien. Leur travail autour des slogans collectés a été particulièrement remarqué lors de l'exposition "Hardcore" au Palais de Tokyo en 2003 (commissariat Jérôme Sans).

Entre le Grand Palais et la Cour Carrée du Louvre, en passant par le Jardin des Tuileries, les artistes Michel Dector et Michel Dupuy proposent une promenade avec des arrêts inattendus devant des situations, des objets, des traces qu’ils commentent. Au cours de cette déambulation, le patrimoine historique de la ville, les traces d’actions plus ou moins clandestines et des histoires invisibles se retrouveront au même plan.