Petit Journal # 50 : Mario García Torres
"Il aurait bien pu le promettre aussi"

Pour ce deuxième volet de la programmation Satellite 2008-2009, l’artiste mexicain Mario García Torres (né en 1975), qui vit et travaille à Los Angeles, a été invité à concevoir un projet spécifique. Dès ses débuts, le travail de García Torres se caractérise par la construction de récits à partir de relectures et d’interprétations d’œuvres créées ou imaginées par d’autres. Ses explorations l’amènent à articuler toute une variété d’éléments issus de l’histoire de l’art, pour aboutir à des projets remettant en question l’histoire de la culture aux plans politique et social. Une bonne partie de son travail s’intéresse à la problématique de la réception de l’œuvre d’art par rapport au contexte et au moment historique dans lesquels elle s’inscrit. Tel un archéologue de l’intangible, l’artiste revisite l’histoire à la recherche de récits oubliés ou perdus, moyennant un système complexe de reconfiguration d’un ordre préétabli, ou tout simplement de moments anodins.

Son œuvre part ainsi d’une volonté de repenser l’histoire, de jeter des ponts entre des événements reconstitués et d’autres fabriqués de toutes pièces, pour arriver à des stratégies capables d’engendrer de nouveaux signifiés.

L’usage de la citation chez Mario García Torres a ceci de particulier qu’il ne relève ni de la répétition, ni de la réinterprétation ou de la reprise : la citation reste au contraire très libre et peut prendre un caractère énigmatique. Elle donne naissance à un ou plusieurs récits, et permet d’articuler des éléments issus de l’histoire de l’art à une interrogation de l’histoire de la culture. Une bonne part de ce travail concerne en effet la réception et l’inscription de l’œuvre d’art dans son contexte historique. Quel que soit le support – vidéo, photographie, diaporama, musique ou publication –, les dispositifs ingénieux, poétiques ou absurdes initiés par Mario García Torres réactivent les œuvres "originales" en les déplaçant d’un contexte à un autre. À la recherche des récits oubliés ou perdus, cette archéologie de formes et de projets insaisissables revisite la notion d’histoire, sapant l’ordre préétabli, corrodant l’autorité de la chronologie, ou faisant tout simplement ressurgir des moments ou des œuvres exclus des discours dominants.

Pour le Jeu de Paume, Mario García Torres a imaginé un projet intitulé "Il aurait bien pu le promettre aussi" qui occupe quatre espaces différents : le foyer, la mezzanine, la librairie et la publication. Ces interventions, liées entre elles, évoquent selon l’artiste l’histoire "un rien cryptique d’une personne qui travaille avec le cinéma, la photographie, et plus particulièrement le sous-titrage". Progressivement, il élabore une mythologie personnelle dont l’aspect le plus frappant réside dans la construction minutieuse de notes, de projets, de collections d’images, etc., qui jouent, dans une grande sobriété formelle, avec les registres du document et de la fiction. Ces éléments, récurrents dans son travail ces dernières années, lui permettent de créer une sorte d’alter ego pour qui le processus d’exposition suppose un processus de réflexion sur sa démarche artistique, une pensée critique s’inscrivant dans le temps et une mise en suspens de l’action.


María Inés Rodríguez
commissaire de l’exposition