Petit Journal # 53 : Agathe Snow





Agathe Snow, née en Corse en 1976 et vivant à New York,
présente au Jeu de Paume, dans le cadre de la programmation Satellite,
"Vues d’en haut, vertiges et constellations ".
Ce projet fait partie d’une réflexion consacrée à Léonard de Vinci,
et développée tout au long de l’année dans divers lieux d’exposition.


Exposition organisée avec le concours de la FNAGP
et la collaboration de la Cité internationale des Arts

En partenariat avec Art Press, mouvement.net, Nova, paris-art.com





Le travail d’Agathe Snow, quel que soit le support – vidéo, performance ou installation –, tient aussi bien du constat apocalyptique d’une société en décadence qu’il suggère la délivrance, la célébration, la survie et l’espoir. Les accumulations d’objets trouvés lui permettent d’inventer un nouveau mode narratif témoignant de sa perception du réel et de son attitude face au monde.

Pour les salles du Jeu de Paume, l’artiste a créé un dispositif qui relie la Mezzanine et le Foyer, désirant ainsi établir les bases d’un nouvel univers où il serait possible", selon ses propres mots, de rêver une vie plus conséquente, vue D’EN HAUT, d’une perspective plus large". Au centre de l’installation, une sculpture monumentale faite de balles de handball en caoutchouc bleues qui, magnétisées, adhèrent à des formes métalliques. Ce mobile oscillant entre solidité et chaos fait aussi bien référence au classicisme qu’à une esthétique plus contemporaine. Il rappelle tout autant les années d’adolescence de l’artiste, passées dans les rues et les terrains de jeu du Lower East Side, que la structure moléculaire de l’ADN, de même qu’il fait écho à Constellations, ensemble de 49 photocopies noir et blanc représentant des boules de Noël sous toutes leurs facettes, réunies dans l’ouvrage publié à l’occasion de la présente exposition.
En regard, un dispositif improvisé à base de mousse disposée au sol, d’un drapeau américain et d’une vidéo vient rejouer les premiers pas de l’homme sur la Lune suivis en direct, en 1969, par des millions de téléspectateurs. À partir de cet événement qui marque l’apogée du rêve américain, Agathe Snow dresse le constat du désenchantement actuel.

"Vues d’en haut, vertiges et constellations" devient un espace dédié aux idées et à la réflexion dans l’espoir d’arriver à développer un nouvel univers ou une renaissance serait possible, "un état d’esprit particulier débarrassé de tout accessoire superflu, de l’ennui, de toute moralité et fatalité ; un concept encore sans nom à penser comme une époque et appartenant à l’avenir". Ce projet se réfère en partie à Léonard de Vinci, à son impressionnante force créatrice qui touche tous les domaines et qui en fait un acteur fondamental de la société de son époque et un visionnaire sans limite : peintre, sculpteur, fondeur, ingénieur, architecte, urbaniste, physicien, biologiste, philosophe, géomètre, botaniste, inventeur de jeux de société et d’instruments de cuisine, cartographe, auteur de traités d’optique, dessinateur de jardins, décorateur d’intérieur……
L’esprit de la Renaissance qu’incarne Léonard de Vinci et le constat de la dégradation de la société contemporaine poussent Agathe Snow à proposer un nouveau territoire, une renaissance non plus fondée sur le rationalisme empirique et le désir d’un savoir totalisant, mais sur la prise de conscience des limites de notre savoir et la reconnaissance de ces choses qui dépassent l’entendement humain : mythes, fables et surnaturel. Agathe Snow propose ainsi une nouvelle attitude rénovatrice qui permettrait de "réaliser que petit à petit l’émerveillement est de retour dans nos vies".

María Inés Rodríguez
commissaire de l’exposition