"Rien que les heures" : synopsis





Programmation proposée par Virginie Chardin,
avec la collaboration de Danièle Hibon,
Marie-Jo Malvoisin et Terutarô Osanaï,
coordination : Marta Ponsa.


En partenariat avec le Forum des Images,
les Archives françaises du film
du Centre national de la cinématographie
et le musée Albert-Kahn ;
remerciements à la Cinémathèque française




> Aubervilliers* d’Eli Lotar, 1945
France, documentaire, 35 mm, nb, 24’
Très émouvant, ce documentaire militant réalisé par Eli Lotar, photographe et cinéaste d’origine roumaine, dénonce les conditions de vie dans le bidonville d’Aubervilliers. Proche de la photographe Germaine Krull, des surréalistes et du groupe Octobre, Eli Lotar a collaboré avec Buñuel, Renoir, Ivens, Painlevé avant de rejoindre Henri Storck pour Les Maisons de la misère et la lutte contre les taudis. Présenté en compétition au Festival de Cannes en 1946, sur un commentaire de Jacques Prévert et une musique de Joseph Kosma.

> Balançoires de Noël Renard, 1928
France, fiction, 35 mm, muet teinté, 29’
copie restaurée par la Cinémathèque française
Ce film met en scène deux amoureux venus se distraire à la fête foraine. Un inquiétant fakir les plonge dans un état second où apparaissent, en toile de fond, la sensualité et les angoisses morales de l’entre-deux-guerres. Passant du jaune orangé pour évoquer la fête et le bonheur, au bleu pour symboliser la destruction et la mort, la colorisation des images et la nervosité du montage font l’originalité de ce film, dont certaines scènes foraines rappellent étonnamment les photographies de Brassaï.

> Bal des Quat’z’arts, vers 1928
France, documentaire, 35 mm, nb, muet, 8’
copie restaurée par la Cinémathèque française
Ces rushes d’un film anonyme, retrouvé récemment par la Cinémathèque, semblent avoir été pris lors du bal des Quat’z’arts. Étudiants et professeurs, femmes quasi nues et bonne société parisienne se mêlent dans une excitation frénétique à la limite de l’hystérie et du débordement orgiaque.

> Défense d’afficher de Hy Hirsch, 1958-1959
États-Unis, documentaire, 16 mm, couleur, muet sonorisé, 7’
Sur un air de salsa, une variation pop sur les murs, vitrines, arbres et affiches déchirées de la capitale. Par un cinéaste américain, auteur inclassable de films expérimentaux.

> Enfants des courants d’air d’Édouard Luntz, 1959
France, fiction, 35 mm, nb, 24’
La vie d’enfants de la zone aux portes de Paris. Des séquences quasi documentaires montrent le bidonville d’Aubervilliers et les terrains vagues de la Porte de la Chapelle. Prix Jean Vigo 1960.

> Entr’acte de René Clair, 1924
France, fiction, 35 mm, nb, muet sonorisé, 20’
Cet intermède au ballet Relâche, mis en scène par Francis Picabia sur une musique d’Erik Satie, est présenté dans la version sonorisée par l’auteur en 1967. On y aperçoit Francis Picabia et Erik Satie ainsi que, dans une scène célèbre, Marcel Duchamp et Man Ray jouant aux échecs sur les toits de Paris. Un classique du cinéma expérimental.

> Étude de mouvements de Joris Ivens, 1927
Pays-Bas, documentaire, 35 mm, nb, muet, 3’30’’
Pionnier et maître du documentaire, le cinéaste néerlandais filme automobiles et piétons en mouvement dans les rues de la capitale.

> Études sur Paris* d’André Sauvage, 1928
France, documentaire, 35 mm, nb, muet, 75’
André Sauvage, poète, peintre, alpiniste, ami de Max Jacob et des surréalistes, porte un regard d’explorateur sur la ville, ses monuments et ses paysages. Des scènes vivantes y montrent la circulation automobile, les quais de la Seine, les canaux, le bassin de la Villette et la zone.

> Les Grands Boulevards de Raymond Barkan, 1951
France, documentaire amateur, vidéo Beta SP, nb, muet, 13’
Journaliste et critique de cinéma, Raymond Barkan a tourné en 8 mm ce film d’un réalisme grinçant sur les passants des Grands Boulevards. Il s’attarde sur la solitude dans la foule, la vacuité, les femmes, le désir sexuel, le désarroi, la flétrissure des corps. Les images, qui semblent prises à la dérobée telles des snapshots, rappellent les photographies de William Klein, Robert Frank ou Ed van der Elsken.

> Les Halles centrales* de Boris Kaufman, 1927
France, documentaire, 35 mm, nb, muet, 7’
De belles images des Halles de nuit, tournées par le frère du cinéaste russe Dziga Vertov à son arrivée à Paris. Ces séquences montrent hommes, bêtes et machines assurant l’approvisionnement alimentaire de la capitale, ainsi que l’ambiance chaleureuse et sensuelle des cafés après le travail. Directeur de la photographie d’Eugène Deslaw puis de Jean Lods et de Jean Vigo, Boris Kaufman poursuivra aux États-Unis une brillante carrière dans la fiction et le documentaire.

> Jardins du Luxembourg* de Mannus Franken, 1927
Pays-Bas, documentaire, 35 mm, nb, muet, 15’
Ce cinéaste néerlandais, collaborateur de Joris Ivens, filme les statues, les enfants, les guignols, les manèges et les flirts dans le jardin du Luxembourg.

> Jeux des reflets et de la vitesse d’Henri Chomette, 1924-1925
France, expérimental, 16 mm, nb, muet, 7’30’’
Un essai d’inspiration surréaliste, réalisé par le frère de René Clair. Sur un rythme ininterrompu et hallucinatoire, la caméra, placée à l’avant du métro puis d’un bateau, traverse Paris à toute allure, parcourant tunnels, stations, lignes aériennes, toits et façades avant de décoller vers le ciel. Avec la collaboration de Man Ray pour la version préalable.

> Montparnasse. Poème du café crème* d’Eugène Deslaw, 1930
France, documentaire, 35 mm, nb, muet sonorisé, 15’
Ce film culte du cinéaste ukrainien Eugène Deslaw se présente comme une déambulation poétique et surréaliste dans le quartier du Montparnasse. Surimpressions, montages et musique rythment une réalisation brillante, dans laquelle se croisent badauds, clochards, hommes-sandwichs, saltimbanques et les artistes Foujita, Buñuel, Marinetti, Russolo et Prampolini.

> Novembre à Paris de François Reichenbach, 1956
France, documentaire, 35 mm, couleur, 9’
Une évocation en couleur de l’automne à Paris, d’un humanisme caustique, par un journaliste et documentariste par ailleurs mélomane, marchand de tableaux et critique d’art. Un numéro de la collection "Encyclopédie de Paris", produite par Pierre Braunberger, avec un montage d’Alain Resnais.

> Les Nuits électriques* d’Eugène Deslaw, 1930
France, documentaire, 35 mm, nb, muet, 9’20’’
Eugène Deslaw filme ici les néons lumineux de Berlin et Paris. Une symphonie graphique et lumineuse, sans narration, réalisée à l’aide de surimpressions, travellings, jeux graphiques et inversion des valeurs.

> L’Opéra Mouffe d’Agnès Varda, 1958
France, documentaire-fiction, 16 mm, nb, 16’
Ce film aux accents surréalistes retranscrit les impressions fugaces d’une femme enceinte sur la rue Mouffetard et son marché. S’attardant sur les rues, les cours et les visages, les images granuleuses, proches de celles de Frank ou de Klein, dessinent une pathétique galerie de portraits, évoquant le destin, le vieillissement et la mort, entrecoupée d’échappées sensuelles sur le ravissement de la vie.

> Paris 1937 de Shigemaru Shimoyama, 1937
Japon, documentaire amateur, 16 mm, couleur, muet, 8’
Un Japonais en visite à Paris réalise, en couleur, des vues touristiques et de rares images de publicités nocturnes, pavillons et illuminations de l’Exposition internationale de 1937.

> Paris à l’aube de Johan van der Keuken et James Blue, 1957-1960
Pays-Bas, documentaire-fiction, 16 mm, couleur, muet sonorisé, 10’
Le premier film du photographe et cinéaste Johan van der Keuken, alors étudiant à l’IDHEC. Le film suit l’évolution de la lumière et des couleurs de Paris au lever du jour, sur une musique de Derry Hall.

> Paris-Express ou Souvenirs de Paris* de Marcel Duhamel, Pierre et Jacques Prévert, 1928
France, documentaire, 35 mm, nb, muet, 39’
Parmi les opérateurs de ces superbes images, Man Ray et Jacques-André Boiffard. La caméra se promène librement des quartiers de l’Opéra aux berges du canal de l’Ourcq, des Champs-Élysées aux entrepôts du quai d’Austerlitz, à la recherche des femmes qui les parcourent. On aperçoit les réalisateurs et leur famille, Joseph Kessel et Kiki de Montparnasse. Une séquence sur le pont de Crimée et le bistrot Au Château Tremblant inspirera à Jacques Prévert le cadre du film Jenny, réalisé par Marcel Carné.

> Paris in the 20’s
États-Unis, documentaire, vidéo Beta SP, nb, muet sonorisé, 8’, vo anglaise non sous-titrée
À partir d’actualités américaines, ce documentaire évoque le monde du cinéma, le music-hall, la fête, les artistes et la présence américaine à Paris, mais aussi la vie quotidienne, les quartiers populaires et les manifestations de soutien aux anarchistes Sacco et Vanzetti. Malgré un commentaire un peu convenu, un intéressant Paris des années folles, vu par les Américains.

> Paris mon cœur de Louis Estevez, 1960
France, documentaire amateur, 16 mm, nb et couleur, muet, 32’
Un montage de films tournés entre les années 1930 et 1950. On y découvre pêle-mêle Luna-Park avant-guerre, un concours de chapeaux dans les années 1930, un défilé de vieilles voitures, une fête foraine, des vues de la Seine, la circulation automobile, un petit garçon posant dans la tour Eiffel, les singes du zoo de Vincennes, les néons de l’Exposition internationale de 1937… Un document tantôt maladroit et émouvant, tantôt étonnamment réussi, par un amateur aisé et visiblement passionné.

> Paris qui dort de René Clair, 1923
France, fiction, 35 mm, nb, muet sonorisé, 36’
Le gardien de la tour Eiffel s’aperçoit un matin que Paris ne s’est pas réveillé. Seules cinq personnes ont échappé au sortilège et déambulent dans la ville endormie. Ce conte d’influence dadaïste, qui inspira Dziga Vertov, est présenté dans la version remontée par l’auteur en 1970 sur une musique de Jean Wiener.

> Paris vu par les opérateurs d’Albert Kahn 1913-1928
France, montage réalisé par Jocelyne Leclercq en 1982 pour le musée Albert-Kahn, vidéo Beta SP, nb, muet sonorisé, 88’
Les opérateurs, engagés pour servir l’entreprise humaniste des Archives de la Planète du banquier Albert Kahn, s’efforcent d’enregistrer objectivement la vie dans les quartiers riches et pauvres. Très émouvantes, ces scènes de la vie parisienne où la foule apparaît d’une extraordinaire densité, révèlent de multiples détails de la vie quotidienne.

> Quelques Coins de Paris de Camille Sauvageot, 1929
France, documentaire, vidéo Beta SP, couleur, muet, 4’50’’
Cet opérateur des Archives de la Planète filme la circulation des automobiles et des piétons à huit carrefours parisiens, en utilisant le beau procédé en couleur inventé par Berthon et développé par Keller-Dorian.

> Rien que les heures d’Alberto Cavalcanti, 1926
France, documentaire-fiction, vidéo Beta SP, nb, muet, 47’
Le premier film du cinéaste brésilien d’avant-garde, décorateur de L’Inhumaine de Marcel L’Herbier et futur pilier de l’école documentaire britannique. Maniant surimpressions et cadrages en oblique, ce film tourné en 35 mm explore les différentes facettes de la capitale au cours d’une journée, des quartiers populaires aux bas-fonds. Des images et une lumière magnifiques rappelant par certains aspects le Paris de Marville et d’Atget.

> La Tour de René Clair, 1928
France, documentaire, 35 mm, nb, muet, 10’
Dans ce documentaire, réalisé avec la collaboration de Georges Lacombe, René Clair réalise de longs travellings depuis l’intérieur de la tour Eiffel.

> Travelling dans Paris de Louis Estevez, 1924
France, documentaire, vidéo Beta SP, nb, muet, 3’
Un cinéaste amateur installé à l’avant de son automobile filme en 9,5 mm son itinéraire de la place de la Concorde à l’avenue Foch. Des images brutes et parfois involontairement comiques de la circulation parisienne.

> La Zone. Au pays des chiffonniers* de Georges Lacombe, 1928
France, documentaire, 35 mm, nb, muet, 36’
Un passionnant essai en forme de critique sociale sur le travail et le périple quotidien des chiffonniers vivant près des anciennes "fortifs". La récupération des déchets et le marché aux puces de Clignancourt y sont particulièrement impressionnants. La Goulue, méconnaissable, y apparaît, esquissant quelques pas de danse devant sa roulotte.


* Films restaurés par les Archives françaises du film, dans le cadre du plan de sauvegarde des films anciens du ministère de la Culture.



REMERCIEMENTS

Jean-Yves de Lépinay, Pauline Husy et Javier Martin, Forum des Images
Éric Le Roy, Hermine Cognie et Daniel Fromont, Archives françaises du film
Émilie Cauquy, Samantha Leroy, Laure Marchaut et Sébastien Bondetti, Cinémathèque française
Gilles Baud-Berthier et Jocelyne Leclercq-Weiss, musée Albert-Kahn
Maria Chiba, Lobster Films
Lamria Dehil et Frédérique Ros, Films du Jeudi
Emmanuel Lefrant, Lightcone
Stéphanie Grout, Pathé Distribution
Evelyne Paquette, Pathé Archives
Sébastien Layerle, Ciné-Archives
Anne-France Mournet, Argos Films
Cecilia Rose, Ciné-Tamaris
Marceline Loridan, Capi Film
Carine Gauguin, Ideale Audience
Eugénie Bachelot Prévert, Mathilde Deneux et Anne Remlinger, succession Prévert-Fatras
Jean Sefert, Gérard Bonnefont, Serge Senezergue, Robert Allan, Thomas Luntz et Agnès Sauvage.