Satellite 4
Programmation de
Raimundas Malašauskas





Le Jeu de Paume est subventionné par
le ministère de la Culture et de la Communication.

Il bénéficie du soutien de
Neuflize Vie, mécène principal.

La Fondation nationale des arts graphiques et plastiques (FNAGP)
contribue à la production des œuvres de la programmation Satellite.




Imaginez un livre qui est grand ouvert, mais n’a pourtant ni couverture ni pages. Ses personnages changent d’apparence d’un chapitre à l’autre, se transformant en plantes d’espèces disparues, en machines nouvelles, ou en galaxies impossibles. Ils rencontrent des obstacles – discursifs et imaginaires, ou curieusement pratiques –, ou encore deviennent eux-mêmes l’un de ces obstacles. Éclatant au travers d’un ciel scientifique, ils voyagent comme des chansons pour les bien-aimés et les infiniment morts. Au moins deux personnes en ce monde pourraient lire ce livre en même temps (peut-être davantage, si nous supposons que le monde n’est pas un). Le son de la chute d’une sculpture brise le silence théâtral ; on attend au milieu une apparition éclair de l’intrigue. Mais personne, pas même les ghost-writers, ne sait où se trouve le milieu. La distance la plus terrifiante prévaut partout. Le drame qui va crescendo pourrait revêtir des proportions mythiques s’il ne se déroulait pas sous un microscope. Voici venu le temps de la rêverie pour rétablir le sommeil interrompu et la trame narrative.

Sur le papier, tout cela semble formidable, mais où est le papier ? Ou bien est-ce dans le titre du livre ? On pourrait imaginer une réponse très simple à cette dernière question : c’est une exposition. Une exposition qui commence dans l’œuvre de chaque artiste de cette programmation Satellite 4 (Alex Cecchetti & Mark Geffriaud, France Fiction, Audrey Cottin et Jessica Warboys), se déploie comme une histoire, combine le roman d’idées et le roman d’aventures, les longs corridors du Jeu de Paume dédiés à l’accrochage et… ne se transforme pas en livre.

Gardant à l’esprit le concept du livre en tant que sculpture d’information qui est énergiquement appliqué en France, ces segments d’exposition pourraient être considérés comme des chapitres, même s’ils n’ont pas forcément grand-chose à voir entre eux. Ils vont commencer sous la forme de conversations individuelles avec les artistes et fonctionner comme des cristaux pataphysiques irréguliers, dont les lignes de mouvement sont déterminées par un coup de dés et par la synergie des participants. Ces segments ne fonctionneront ni comme une exposition collective ni comme une exposition individuelle – mais comme des structures à la logique et à la structure disparates.

Ni entièrement séparés, ni transformés en un récit unique, avec, au milieu du tout, le spectateur.

Raimundas Malašauskas




ALEX CECCHETTI & MARK GEFFRIAUD
01.03.2011 – 08.05.2011
Jeu de Paume / Concorde

Alex Cecchetti interroge de manière obsessionnelle les façons dont le monde se présente à nous. Il ne peut s’empêcher de se demander pourquoi les choses apparaissent, pourquoi elles nous frappent avec la puissance de la foudre et nous abandonnent pantelants, ni pourquoi certaines des images qu’elles génèrent demeurent après notre mort. Il puise une grande partie de son inspiration dans la littérature et la philosophie.

C’est dans cette bibliothèque de Babel que son dialogue avec Mark Geffriaud se déroule généralement. "Pourquoi les sculptures ont-elles besoin de respirer ?" pourra demander Alex, et Mark, faisant intervenir des éléments de géométrie, de musique et d’histoire du hasard, approchera à son tour le récit. Il cherche souvent les chevauchements et les intervalles, les distorsions temporelles et les zones troubles de l’histoire. Pour lui, la pratique artistique se rapproche de la production d’outils pour penser ou percevoir l’espace.
Cependant, lorsque j’ai proposé à Alex Cecchetti et Mark Geffriaud de collaborer à la programmation Satellite, je ne m’attendais pas à ce que les deux artistes décident de partir à l’aventure pour capturer une flamme éternelle et la rapporter au Jeu de Paume afin d’animer une série de sculptures.


Alex Cecchetti, italien, né en 1977, vit à Paris ;
Mark Geffriaud, français, né en 1977, vit à Paris.



JESSICA WARBOYS
mars-avril 2011
Maison d’art Bernard Anthonioz / Nogent -sur-Marne

Montagne, soleil, galaxie, créatures du passé, poésie, tous ces éléments se rencontrent et travaillent ensemble. Ombres et rideaux sont des personnages. Le cœur a un langage ; le rythme fait couler l’encre. Une chose est certaine, une autre profondément précaire. Le rituel brise le temps. Imaginez que toutes ces pistes se rassemblent pour former une histoire, et vous pénétrerez l’univers de Jessica Warboys.
Souvent, elle parvient à capturer les forces invisibles qui fluctuent entre les aspects les plus intimes de l’ego et les territoires extra-humains. Sa manière de re-présenter des images à la lisière du concret et de l’éphémère fait que ses films et ses constellations d’objets sont habités à la fois par des motifs hautement complexes et des formes visuelles très simples. Récemment, elle a mis à contribution la mer et le soleil sur une série de toiles grand format. Pour réaliser ses Sea Paintings, elle immerge la toile dans la mer, permettant ainsi aux vagues et au vent de traverser les pigments appliqués à la main, laissant la trace de leur mouvement. Dans ces cyanotypes/photogrammes, le négatif de l’image est constitué par l’ombre laissée par différentes formes placées momentanément sur des toiles photosensibles exposées au soleil. Dans son œuvre, elle prolonge le passage nécessaire à la transformation d’une chose en une autre. Au cinéma, comme dans la magie, une simple coupe nous occulte ce mouvement : dans les films de Jessica Warboys, il nous est permis de suivre le processus de transformation. Grâce à cette particularité, la plus grande des transformations se déroule dans notre propre perception et notre propre attente.

Jessica Warboys installera sa nouvelle œuvre à Nogent-sur-Marne, dans un site entouré de forêts qui est peut-être déjà devenu partie intégrante de son histoire.

Jessica Warboys, anglaise, née en 1977, vit à Londres et Paris.



FRANCE FICTION
24.05.2011 – 25.09.2011
Jeu de Paume / Concorde

Fondé en 2004, France Fiction est un groupe qui se considère comme une personne inventant les horizons de son propre événement collectif, un événement en soi qui débuta comme un club de joueurs de billes dans les jardins du Palais Royal à Paris.

Expérience artistique et curatoriale, France Fiction est aussi un espace d’exposition et un magazine. Convaincu de l’imbrication de la réalité et de l’imaginaire, le groupe est un processus d'auto-narration dont les objets, les installations et les publications sont signés à la fois individuellement et collectivement. Les membres pratiquent les réunions mystiques et la dissémination encyclopédique. Les utopies et la science-fiction sont parmi leurs préoccupations centrales, de même que les traces des figures oubliées du passé, les futurs non-écrits et les points aveugles du savoir. En plus de jouer aux billes, ils pratiquent une subjectivité poétique et scientifique itinérante, explorant les dimensions occultes et mélancoliques de la vie.

Pour la programmation Satellite, ces aspects, seront transformés en événements et en dispositifs à l’intérieur de l’enceinte du Jeu de Paume.

France Fiction est constitué de Stéphane Argillet, Marie Bonnet, Eric Camus, Lorenzo Cirrincione et Nicolas Nakamoto.



AUDREY COTTIN
18.10.2011 – 05.02.2012
Jeu de Paume / Concorde

Audrey Cottin aime passionnément la matérialité des choses : l’immédiateté du moment et l’irréductibilité du présent sont parmi ses vocations les plus profondes. Ainsi, elle dissémine ses multiples fascinations dans des expéditions kaléidoscopiques qui traversent le genre, les formes et les protocoles, sa recherche l’emmène inévitablement dans plusieurs endroits à la fois. Par là le présent devient multiple, et continue de se métamorphoser.

On peut en dire de même de sa relation avec les médias : le moulage traditionnel, la performance interactive et le conceptualisme académique sont remis en question. Elle comprend qu’une partie essentielle de la pratique artistique consiste à trouver sa propre voix, mais elle sait que la voix est multiple et ne saurait se faire entendre que dans un processus de devenir. Récemment elle a fait des expérimentations sur l’applaudissement comme expression d’une voix collective.

"Comment peut-on mouler une question ?" demande-t-elle, soulevant un nuage de plâtre au dessus de sa tête, littéralement. Son poids est semblable aux valeurs morales et culturelles, qui tout en étant pesantes, peuvent s’avérer légères dans certaines circonstances. Le doute demeure l’un de ses outils favoris de sculptrice.

Audrey Cottin, française, née en 1984, vit à Gand.