Figurations cinématographiques et régimes d’historicité / 3
Poétique des images, censure cinématographique et liberté de création dans la Chine contemporaine.
Rencontre avec Lou Ye
le 08 avril 2011
15h30 - 17h30
Concorde, Paris

Pour l’historien, un film ne s’inscrit presque jamais dans un univers déconnecté de toute référence. Il possède même de nombreuses marques d’historicité, signes, entre autres, du caractère collectif de sa production, de sa mise en œuvre et de ses usages.
Les efforts effectués, ici ou là pour favoriser une approche méthodique de lecture des films, ont contribué à leur appropriation par les chercheurs. Leur usage se répand désormais dans des travaux dont ils ne sont pas la source principale, tout en privilégiant, dans leur lecture, les exigences d’une analyse scientifique.
Les Masterclass procèdent de deux principes : inviter des artistes et des professionnels ; trouver une forme adaptée à l’exposé, la projection d’images et la discussion qui, tout en se situant à un niveau d’exigence universitaire, offre un espace de rencontre informel. Il s’agira de montrer, à partir de ce dispositif, la manière dont le cinéma peut donner une place au spectateur, sans pour autant opposer démarches documentaires et créations fictionnelles, et comment, en retour, nous pouvons exercer une activité réflexive sur les régimes d’historicité des films.


> Séance 3 : "Poétique des images, censure cinématographique et liberté de création dans la Chine contemporaine"
Rencontre avec Lou Ye

Avec Anne Kerlan, chercheuse à l'Institut d'Histoire du Temps Présent (CNRS)

Lou Ye (né en 1965 à Shanghai) est un réalisateur à part dans la production cinématographique contemporaine, tant par les thèmes abordés dans ses films que par ses choix esthétiques. C’est ainsi que Suzhou River (2000) ou Purple Butterfly (2003) investissent le genre du film noir tout en explorant de façon très personnelle la relation entre la réalité et les images qui la restituent, images numériques pour Suzhou River, images d’archives pour Purple Butterfly, qui se passe durant la guerre sino-japonaise. Cette exploration des possibilités esthétiques du cinéma se poursuit avec Nuit d’ivresse printanière (2009), film construit autour d’un poème chinois ancien qui lui donne son titre. La relation de l’image à la poésie et son mode particulier d’évocation des émotions constitue une proposition formelle tout à fait passionnante.
Lou Ye est un des jeunes cinéastes chinois qui a rencontré le plus de problème avec la censure cinématographique de son pays. Celle-ci s’est manifestée dès son premier film mais a pris une tournure particulièrement sévère avec Une jeunesse chinoise (2006), seul film chinois à oser évoquer les événements de Tiananmen et la façon dont ceux-ci ont marqué à jamais le destin d’une génération de jeunes. Le film a valu au réalisateur une interdiction de tourner de cinq années et son film suivant, Nuit d’ivresse printanière a été tourné clandestinement. Toujours sous le coup de cette interdiction, Lou Ye tourne actuellement en France un long métrage avec Tahar Rahim, une adaptation de Bitch, célèbre roman chinois de Jie Liu-Falin, interdit en Chine mais largement diffusé sur Internet.

Plus d'infos : www.nuitsdivresseprintaniere-lefilm.com


> À l'auditorium, le vendredi 8 avril à 15 h 30.
Trois euros ou entrée libre sur présentation du billet d'entrée aux expositions (valable uniquement le jour même).
Gratuit pour les adhérents du Jeu de Paume et de l’université Paris 8.


>"Figurations cinématographiques et régimes d’historicité : séminaire organisé, sous la direction de Christian Delage, historien et professeur à l’université Paris 8, par les étudiants-chercheurs Rémy Besson, Stéphanie Louis, Constance Ortuzar, Aurélien Rigaud et Pier-Alexis Vial.

Ce cycle de 5 séances est réalisé en partenariat avec EHESS, Paris 8, IHTP-CNRS, Culture visuelle, Cinémadoc.


culturevisuelle.org
R3D groupe de recherche