Satellite 5
Programmation de
Filipa Oliveira

“L’art est toujours contemporain, il parle toujours du présent. La manière dont les artistes considèrent le présent a radicalement changé avec le temps. Le présent est une chose très différente selon les époques, mais aussi au sein d’une même génération. C’est toujours un point de vue unique et fragmenté, une contrée toute différente.

L’idée du quotidien, de la banalité du quotidien, a été introduite dans le domaine de l’art depuis les débuts du modernisme (en tout cas dans une certaine branche du modernisme) et n’a, depuis, cessé de croître. Descendre l’art de son piédestal — une tendance de la quête postmoderne — visait à rapprocher l’art de la vie. La poétique du quotidien — l’extraction d’un objet de l’ordinaire du quotidien — est évoquée de manière symbolique par des métaphores ou une appropriation directe de ces objets, banals ou emblématiques.

Aujourd’hui, la manière dont ces actions sont accomplies dans la pratique artistique démontre un intérêt sociétal pour notre façon de vivre.

Quelques-unes des propositions les plus intéressantes de cette pratique contemporaine ne traitent pas des problèmes de société (qu’ils soient économiques, politiques ou culturels) de manière directe mais étudient le social avec ce qui ressemble à des méthodes d’archéologues. L’objet ordinaire devient une sorte d’objet ethnographique. La banalité du présent se transforme en territoire inconnu, comme si le présent était une terra incognita, quelque chose d’encore inconnu (et donc extrêmement beau) qui est étudié, examiné, exploré jusqu’à ce qu’une image (ou plusieurs) en émerge(nt). Le plaisir de cette redécouverte, de cette exploration, ne réside pas seulement dans la pratique de l’artiste, mais aussi dans la perception des œuvres par le spectateur, dans sa curiosité alléchée. D’une certaine manière, c’est "le petit morceau de vie tombé dans l’oubli" (Nicholas Serrota) qui est sauvé de la vulgarité. C’est ce qui se passe tous les jours sans que nous le percevions — des sortes d’événements satellites qui façonnent notre vie quotidienne.

Avec ces quatre expositions consacrées à Jimmy Robert, Tamar Guimarães, Rosa Barba et Filipa César, nous espérons que l’exploration par les artistes de l’imagerie et des matériaux de leur présent influera sur notre propre compréhension de l’histoire, de la culture et de nos vies. La plupart des œuvres présentées — instables, fragiles et déplacées — sont les dépositaires de l’existence humaine, de la mémoire, du temps et le symbole de l’histoire et de l’identité du présent.”

Filipa Oliveira



Filipa Oliveira, commissaire de la programmation Satellite 5 du Jeu de Paume, est née à Lisbonne en 1974. Elle est critique et commissaire indépendante depuis 2001.
Elle a coordonné le prix Ariane de Rothschild au Portugal de 2005 à 2009 et, depuis 2007, est responsable du prix international dont la première édition a eu lieu à Bruxelles en 2008.
Elle a été assistante curatrice à la Biennale de São Paulo en 2010.
Elle a publié de nombreux textes dans des catalogues et autres publications. De 2005 à 2011, elle a régulièrement collaboré au magazine L+Arte (Portugal) mais aussi au magazine espagnol Arte Contexto, à Contemporary et à Flash Art. Elle écrit actuellement pour Artforum.


> Voir le portrait filmé de Filipa Oliveira :



La Fondation nationale des arts graphiques et plastiques (FNAGP)
contribue à la production des œuvres de la programmation Satellite.

La programmation Satellite 5 est organisée en collaboration avec
la Fondation Calouste Gulbenkian – Délégation en France,
l'Instituto Camões et l’Ambassade du Portugal en France.

En partenariat avec art press, paris-art.com et Radio Nova.

Remerciements à Sandeman et Ferreira Porto.


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