Carte Blanche à la Cinémathèque de Tanger
du 11 septembre
au 23 septembre 2012
Jeu de Paume, Paris

Il n’y a pas de meilleur projet d’avenir pour un cinéaste que de participer avec ses petits moyens à la transformation radicale et systématique de sa société.

Ahmed Bouanani



L’année 2012 marque les cinq ans de la Cinémathèque de Tanger. Plus de 1100 films ont été projetés sur nos deux écrans. De nombreux films ont également rejoint nos archives. Durant ces cinq ans, l’équipe de la Cinémathèque a, peu à peu, créé un public pour des œuvres qui trouvent rarement le chemin des salles de cinéma marocaines : le documentaire, le court-métrage, le film et la vidéo d’artiste, entres autres. Un programme qui nous tient particulièrement à cœur a aussi grandi avec le lieu : le ciné-club pour enfants, laboratoire où se forme le public de demain.

(...)

Au Jeu de Paume, c’est l’esprit de cette programmation que nous souhaitons transmettre, avec des films consacrés à la ville de Tanger, à son imaginaire et à celui qu’elle génère. L’invitation chaleureuse du Jeu de Paume est aussi une manière de célébrer et de partager le travail de cinéastes amis, compagnons de route de la Cinémathèque, et dont nous aimons et défendons le travail.
C’est en outre la possibilité de faire le point sur la vitalité de la création documentaire au Maroc, rare et méconnue, mais précieuse en raison de l’espace essentiel et singulier qu’elle occupe dans notre paysage cinématographique, avec son souci constant de prendre à bras-le-corps l’histoire moderne et contemporaine du pays, d’en interroger le présent et les complexités.
Et c’est, enfin, l’occasion de rendre hommage à une figure artistique et intellectuelle marocaine majeure, disparue le 6 février 2011 : Ahmed Bouanani. Cinéaste, monteur, scénariste, poète, romancier, dessinateur, polémiste et rebelle, Bouanani laisse derrière lui peu de films, essentiellement des courts-métrages (tournés dans les années 1960) et un seul long-métrage, Mirage, film incontournable du cinéma arabe moderne (sorti en 1980). Malgré leur rareté, les films de Bouanani brillent d’une aura particulière dans le contexte du cinéma national. Figure élégante et discrète, contraint au silence pendant l’essentiel de sa carrière, Bouanani a pourtant exercé une influence majeure sur plusieurs générations de cinéastes marocains, y compris la plus contemporaine. Sans doute parce qu’il a incarné et produit le cinéma marocain le plus audacieux, transcendant les limites de la fiction et du documentaire, toujours au plus près de la réalité du pays, mais sans jamais renoncer à la poésie. Il est donc urgent que cette œuvre soit découverte, ou redécouverte. Urgent également de tisser les fils entre une certaine modernité cinématographique ancrée dans le discours politique et esthétique des indépendances du début des années 1960 et le présent du cinéma marocain, ainsi que d’interroger l’influence, parfois souterraine, que l’œuvre de Bouanani exerce – et exercera encore pour longtemps – sur le cinéma national. Nous dédions cette programmation à sa mémoire.

Bouchra Khalili, programmatrice de cette carte blanche
et membre fondateur de la Cinémathèque de Tanger, juin 2012



CALENDRIER
sous réserve de modifications

mardi 11 septembre à 19 heures
> Soirée d’inauguration : hommage à Ahmed Bouanani*
En présence de Touda Bouanani, fille du réalisateur, Ali Essafi, réalisateur et Bouchra Khalili, programmatrice du cycle

mercredi 12 septembre à 19 heures
> Ahmed Bouanani : les courts métrages
En présence de Touda Bouanani, Ali Essafi et Bouchra Khalili

vendredi 14 septembre à 19 heures
> Ahmed Bouanani, écrivain
Rencontre organisée avec la librairie du Jeu de Paume et présentée par Omar Berrada, écrivain, critique et traducteur, en présence de Touda Bouanani et David Ruffel, directeur de la collection Chaoïd des Editions Verdier.
Présentation de la réédition du roman L’Hôpital (Verdier, 2012) d’Ahmed Bouanani puis de l’ouvrage Album Cinémathèque de Tanger, codirigé par O. Berrada (La Virreina Centre de la Imatge/La Librairie des Colonnes, 2011)

samedi 15 septembre à 16 h 30
> Ahmed Bouanani, assistant réalisateur, script et monteur
Séance présentée par Omar Berrada

dimanche 16 septembre à 16 h 30
> Ahmed Bouanani, scénariste et monteur

mardi 18 septembre à 19 heures
> Tangier 8
Séance présentée par les fondateurs de l’association Tamaas Sarah Riggs, poète, artiste et traductrice, et Omar Berrada

mercredi 19 septembre à 19 heures
> Histoires tangéroises

samedi 22 septembre à 14 heures
> Documentaires contemporains : les oubliés
En présence de Dalila Ennadre, réalisatrice

samedi 22 septembre à 16 h 30
> Documentaires contemporains : les invisibles

dimanche 23 septembre à 16 h 30
> Documentaires contemporains : films de famille


* réservation obligatoire : infoauditorium@jeudepaume.org


À ÉCOUTER, À LIRE OU À VOIR SUR LE MAGAZINE :
> Les Persiennes d'Ahmed Bouanani (1966), un texte lu par Touda Bouanani et Omar Berrada.
> Misère de la pensée et La Poésie du cinéma et l'imaginaire, deux textes d’Ahmed Bouanani datant de 1995.
> "Les Enjeux d'une définition du cinéma au Maroc, 1966", un débat animé par la revue Souffles et présenté par Kenza Sefrioui.
> Tanger, une Cinémathèque, un Album présenté par Marina Vinyes Albes.


POUR TOUT SAVOIR DE LA PROGRAMMATION :
Document PDF téléchargeable