Natacha Nisic. Écho
du 15 octobre 2013
au 26 janvier 2014
Concorde, Paris

Dans l’œuvre de Natacha Nisic (née à Grenoble en 1967), s’exerce une recherche constante du rapport invisible, voire magique, entre les images, les mots, l’interprétation, le symbole, le rituel. Son travail tisse des liens entre des histoires, récits du passé et du présent, pour révéler la complexité des rapports entre le montré et le caché, le dit et le non-dit. Lauréate de la Villa Kujoyama en 2001 et de la Villa Médicis en 2007, Natacha Nisic a fait l’objet de nombreuses expositions où la question de l’image est mise en jeu par le recours à différents médiums : super-8, 16 mm, vidéo, photographie et dessin. Ces images fixes ou en mouvement fonctionnent comme substrat de la mémoire, mémoire tendue entre sa valeur de preuve et sa perte, et sont autant de prises de position sur le statut des images et les possibles de la représentation.

Poursuivant sa réflexion sur le processus de l’image, le visible et l’invisible, le document et la narration, Natacha Nisic présente plusieurs installations réalisées depuis 1995, dont Andrea en conversation (produite par le Jeu de Paume, Seconde Vague Productions avec le soutien de la commission mécénat de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques) et f, deux nouvelles créations réalisées spécifiquement pour l’exposition. Invitant le spectateur à une relecture du monde sensible par la mise en résonance de récits intimes, historiques ou mythologiques, le parcours de l’exposition débute avec Catalogue de gestes. Commencé en 1995, ce vaste projet oscille entre cinéma et arts plastiques où des gestes, des mains uniquement, sont filmés avec une caméra super-8. Les séquences, montées en boucle, montrent en répétition le déroulement d’un seul et même geste comme autant de "figures muettes".

Dans Indice Nikkei (2003-2013), installation sonore réalisée en 2003 et remise en espace dans les salles du Jeu de Paume, deux chambres insonorisées se font écho. C'est nouvelle pièce est réalisée avec la créatrice interprète Donatienne Michel-Dansac, qui "chante" en une écriture vocale singulière les courbes des indices boursiers des monnaies et entreprises affectées par les dernières crises. Dans ces deux salles rigoureusement identiques, baignées dans une atmosphère colorée saturée, se joue une partition sonore d'une étonnante fragilité.

Installation vidéo à neuf écrans, Andrea en conversation (2013) présente deux personnages formant un couple impossible : Andrea Kalff, jeune Bavaroise devenue chamane coréenne en 2007 et Norbert Weber, missionnaire bénédictin de Bavière, auteur des premières images cinématographiques de la Corée (Im Lande der Morgenstille, 1927). À un siècle de distance, leur rencontre commune avec ce pays lointain se traduit pour l’un et l’autre par une révolution intérieure profonde. Fasciné par la singularité culturelle des Coréens, Norbert Weber travaille à leur conversion alors que la jeune femme, moderne, d’éducation catholique, entretient avec la Corée une conversation inverse. Initiée par Kim Keum-hwa, la grande chamane coréenne, Andrea est chargée de faire perdurer ce "trésor national", cette ultime poche de résistance culturelle via sa propre conversion. L’installation met en dialogue leurs deux parcours singuliers et opère ainsi un décentrement de notre regard. Sur les traces de l’expansionnisme colonial européen et de l’évangélisme chrétien, la désignation et la conversion d’une chamane allemande semble être un renversement sidérant. Tournée en Bavière, cette œuvre présente une vision fragmentée de la Corée contemporaine où les héritages d’époques différentes se côtoient, de la tradition chamanique aux séquelles de la guerre froide.

Dans e (2009), qui signifie image en japonais, l’artiste livre le récit d’un voyage dans le Nord du Japon, près de Fukushima, à la recherche d’un territoire inaccessible meurtri par le tremblement de terre de juin 2008. Aux images du tremblement de terre, Natacha Nisic substitue celles de son retentissement sur les lieux et ses habitants. Ce récit se présente sous la forme d’une installation de trois projections fonctionnant alternativement comme une partition sonore.

Pour l’exposition, Natacha Nisic réalise une réponse à cette œuvre, intitulée f, comme Fukushima (2013). Deux ans après la catastrophe, elle se rend à Fukushima et pose son regard sur les paysages, les villages et les êtres qui ont subi les ravages du tsunami et l’irradiation de la centrale. Grâce à un dispositif composé d’un travelling de 25 mètres et de miroirs verticaux de 30 centimètres de large disposés à différents intervalles, l’artiste permet au regard d’englober dans le même temps le champs et le contrechamp, l’avant et l’après. Lorsque la caméra passe devant un miroir, une image mobile du contrechamp se déplace en un travelling horizontal de sens inverse dans la largeur du miroir. Il constitue, sans trucage, le jeu d’une image dans une autre, d’un mouvement dans un autre, d’un paysage et de son vis-à-vis. Le dispositif permet de conjuguer le temps des déplacements et des espaces en un seul regard.



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COMMISSAIRES
Natacha Nisic et Marta Gili

PARTENAIRES
Exposition produite par le Jeu de Paume, Paris

En partenariat avec A Nous, ARTE, L’Architecture d’Aujourd’hui, Radio Nova, Time Out.

Le Jeu de Paume est membre des réseaux Tram
et d.c.a, association française de développement des centres d'art.


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CARNET DE : Natacha Nisic
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