Intimité territoriale et espace public - 3/3
Séminaire sous la direction de Jean-François Chevrier
le 13 mai 2014
19h00 - 21h00
Concorde, Paris

L’intime est généralement associé à une expérience privée, voire privative, de proximité à soi et aux autres, dans un lieu plus ou moins protégé. Cette définition peut être nuancée. Elle fait appel à un partage du privé et du public dont le respect, par les institutions comme par les acteurs sociaux eux-mêmes, est nécessaire.

Mais la photographie a révélé une dimension de l’intimité qui échappe à ce partage : l’intimité territoriale n’est pas celle de la sphère privée, domestique ; elle se constitue aux frontières de l’espace public, dans les zones grises ou délaissées du territoire homologué. Cette dimension semble liée à des situations de marginalité ou d’exclusion. Elle qualifie un environnement autre, divers, qui peut être à la fois une réserve de pittoresque ou d’exotisme et l’occasion d’une expérimentation sociale, politique. L’ambiguïté est ici sans doute constitutive. Nous examinerons des œuvres et des documents de provenance institutionnelle (reportage, art, anthropologie, témoignage politique) aussi diverse que la géographie des territoires eux-mêmes. Ce faisant, nous serons amenés à considérer "l’espace public" en un sens qui ne désigne plus seulement une réalité physique, géographique, mais la visibilité même des images et leur relation variable aux récits, aux discours – quels récits, quels discours ? –, entre construction et performance.


> Cette troisième séance du séminaire permettra de préciser la teneur critique de l’expérience d’intimité territoriale interprétée par l’image, photographique ou picturale. La critique se démarque ici d’une photogénie fondée sur l’appropriation esthétique. Elle introduit dans la sphère publique la question des normes de l’idéalisation appliquées aux images.

L’intimité territoriale est une forme de continuité locale qui se manifeste dans un comportement, des attitudes, ou, plus largement, de manière à la fois prégnante et diffuse, dans une expérience de participation à l’environnement. Cette continuité est condensée – plutôt que définie ou découpée –, à l’intérieur d’une entité géographique plus vaste, elle-même plus ou moins définie. Elle rattache l’expérience de l’environnement à celle des limites, incertaines ou flexibles, du corps.

L’intimité territoriale n’est pas ineffable ni irreprésentable. Dans la mesure où elle est située, elle peut être figurée, dite et commentée. Elle est située. Mais elle ne se réduit pas à l’expérience d’un observateur qui définit sa place en jugeant ce qui l’entoure. C’est pourquoi elle appelle une orientation constructive de la posture critique.


> Le mardi 13 mai à 19 heures. 3 euros ; gratuit sur présentation du billet du jour d’entrée aux expositions et pour les abonnés.
Informations : infoauditorium@jeudepaume.org