Des chaînes - Formes et formats de la série télévisée contemporaine
Séminaire sous la direction d'Emmanuel Burdeau
du 18 mars
au 22 avril 2016
Concorde, Paris

La télévision vit, depuis une quinzaine d’années, un âge d’or. Les Soprano, The Wire, Six Feet Under ont fait naître une passion publique et critique que Mad Men et Breaking Bad ont prolongée, et après eux Masters of Sex, Louie, Fargo... Longtemps objet de dédain, les séries télévisées sont désormais reçues comme des œuvres à part entière.

La mutation ne s’est pas faite du jour au lendemain. Pour qu’elle ait lieu, il a d’abord fallu établir que les séries étaient capables de rivaliser avec les films et que les meilleurs showrunners n’étaient pas indignes d’être comparés aux auteurs du cinéma. Il a fallu vanter les séries en omettant de considérer qu’elles étaient produites par et pour la télévision.

À présent que le processus est accompli, peut-être est-il temps de procéder différemment. C’est-à-dire temps de revenir à l’évidence : les séries s’insèrent dans des grilles, elles sont voulues et diffusées par des chaînes, ce sont des œuvres mais ce sont aussi des programmes. Le découpage en saisons, le début ou la fin d’un épisode, l’intervalle séparant cet épisode-ci du suivant dépendant de contraintes strictement télévisuelles. Les coupures publicitaires, les teasers qui précèdent les génériques ou encore — cas extrême — les rires en boîte constituent autant de servitudes pesant nécessairement sur la conduite des récits. Même l’évolution des habitudes spectatrices est en partie commandée par des déterminations de ce genre.

Pourquoi n’essaierait-on pas alors de décrire l’art des séries, ses régularités mais aussi ses inventions les plus extravagantes, comme un ensemble de stratégies — narratives et esthétiques — élaborées à la fois avec et contre les formats télévisuels ? Reparcourir tout le chemin depuis le début, rendre la télévision à la télévision, moins pour la désenchanter qu’afin d’en réancrer les conquêtes dans leur sol véritable.
C’est ce que propose de faire ce séminaire, à un moment sans doute crucial où l’entrée d’acteurs venus d’Internet — Netflix, au premier chef — est en train de provoquer un nouveau bouleversement encore du lieu, et donc de la nature, des séries.


Le séminaire se tiendra à l’auditorium du Jeu de Paume sur 6 vendredis successifs : les 18 et 25 mars, et les 1er, 8 et 15, 22 avril, de 18h30 à 20h30.
Chaque séance se clôt par la présentation / recommandation d’une série, nouvelle ou en cours.
Renseignements : infoauditorium@jeudepaume.org



ENCHAÎNER, PROGRAMMER, DÉCHAÎNER, OU : NAISSANCE DE LA TÉLÉVISION
Introduction en compagnie de Master of None, de Breaking Bad et de Serge Daney
Vendredi 18 mars à 18h30.


L’âge d’or de la télévision est si bien installé que certaines séries, par exemple celle de Aziz Ansari, Master of None, n’hésitent pas y faire directement référence. Quand on parle des séries on continue toutefois de le faire comme si elles étaient des films, et comme si la télé était devenue la relève du cinéma.
Peut-on procéder à l’inverse, parler des séries depuis la télévision et depuis elle seule ? C’est le propos de ce séminaire, introduit ici en filant la métaphore de la chaîne, chère à un penseur majeur de la télé, Serge Daney, et en s’appuyant sur l’image de Breaking Bad choisie pour le résumer (deux mains nouées devant une télé tardant à émettre).


À PROPOS DES PONCTUATIONS, DES INTERRUPTIONS. ET DES INTERVALLES À L'INTÉRIEUR ET ENTRE LES ÉPISODES
Scander, ou : Coupures publicitaires, prégénériques, cliffhangers…
Vendredi 25 mars à 18h30.

Invitée : Christina Wayne, productrice notamment en charge du développement de Mad Men et de Breaking Bad pour la chaîne AMC.

La durée des épisodes, le temps qui les sépare, mais aussi l’emplacement au sein de chacun des coupures publicitaires, sont quelques unes des contraintes contre lesquelles scénaristes et réalisateurs ne peuvent a priori rien. D’où vient ce formatage ? Comment les uns et les autres y répondent-ils ? Et de quelle manière une de ces contraintes en particulier, la séquence prégénérique, est-elle peu à peu progressivement devenue un exercice, voire un art à part entière ?


FORMATER, OU : DES MISES EN BOÎTE
À propos d’une réduction propre aux sitcoms en particulier et aux séries en général.
Vendredi 1er avril à 18h30.


Les séries proposent volontiers des univers en réduction : ville sous cloche ; population mondiale tout à coup privée d’un pourcentage d’elle-même ; destin dont on ne sort pas ; ou encore, décors souvent uniques des sitcoms. Qu’est ce que cette réduction ? Quel est son théâtre ? Faut-il à tout prix soustraire, amputer et enfermer pour faire une série ? Que nous enseigne à propos du formatage semble-t-il essentiel au genre, l’histoire de la laff box ou boîte à rires, inventée peu de temps après la guerre par un ingénieur du son, Charles Douglass ?


DIVISER, OU : QU'EST-CE QUE LA TÉLÉVISUALISATION ?
À propos d’un certain dédoublement des mondes et des morales dans les séries contemporaines.
Vendredi 8 avril à 18h30.

Invitée : Camille de Castelnau, scénariste principale aux côtés d’Eric Rochant du Bureau des Légendes.

Bien des séries reposent sur un partage clair du licite et de l’illicite : la drogue et le lycée (Breaking Bad), la famille et la Famille (Les Soprano), l’espionnage et le monde (Le Bureau des Légendes), l’amour et la science (Masters of Sex)... Qu’est ce au juste que ce partage ? Est-il avant tout moral ou est-il d’abord perceptif ou visuel ? Comment aide-t-il à comprendre l’écart entre programme et vie, c’est-à-dire peut-être entre télévision et cinéma ?


REGARDER, OU : QU'EST-CE QUE CE BINGE
À propos de l’évolution des pratiques spectatrices et du déplacement de la télévision sur Internet.
Vendredi 15 avril à 18h30.


De plus en plus rares sont ceux qui regardent encore un épisode par semaine, à heure fixe, bien assis devant leur poste de télévision. Les chaînes du câble, les DVD puis Internet, l’arrivée de Netflix et d’Amazon sur le marché des séries ont modifié en profondeur les rythmes auxquels chacun les regarde. Peut-on décrire l’histoire de ces rythmes ? Surtout, peut-on penser ensemble l’évolution des modes de production et de diffusion, celle des pratiques spectatrices et celle des séries elles-mêmes ?


DÉRIVER, OU : POUR NE PAS EN FINIR AVEC LES SÉRIES, LA TÉLÉVISION ET LE CINÉMA.
À propos des spins off, des remakes et d’autres variations existantes et à venir.
Vendredi 22 avril à 18h30.


Breaking Bad a donné naissance à Better Call Saul série construite autour du personnage de l’avocat Saul Goodman. Fargo, le film des frères Cohen, est devenue Fargo, série créée par Noah Hawley. De quel branchement ou dérive naissent aujourd’hui les séries et de quelle manière dérivent-elles à leur tour, vers quels horizons toujours moins certains et toujours plus lointains ? Une dernière question pour finir : qu’est ce que cette dérive loin des grilles préétablies peut-elle nous dire de l’avenir de la télévision ?



EMMANUEL BURDEAU est critique de cinéma. Membre de la rédaction de Mediapart, il anime le Café en Revue, site Internet du Café des Images, et dirige une collection d’essais aux Prairies Ordinaires. Il écrit sur l’actualité des films pour Le Magazine Littéraire et Art press. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont La Passion de Tony Soprano (Capricci), The Wire. Reconstitution Collective (dir., Capricci et Les Prairies Ordinaires) et Breaking Bad. Série Blanche (dir., Les Prairies Ordinaires).


Avec la complicité du Café des Images.

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