5 choses à savoir sur André Kertész



 1. Il réalise ses premières photographies dans son pays natal : la Hongrie

André Kertész nait à Budapest en 1894. En 1912, dès l’âge de dix-huit ans, son baccalauréat en poche, André Kertész fait l’acquisition d’un appareil photo qui devient rapidement pour lui
« un petit livre de notes, un livre d’esquisses ».

Pendant la Première Guerre mondiale, André Kertész, mobilisé en 1914, documente la vie quotidienne des soldats, l’attente dans les tranchées, les longues marches. Gravement blessé en 1915, Kertész passe un an en convalescence dans un hôpital militaire de la région d’Esztergom où il prend de nombreuses photographies.
À une époque où la presse illustrée est particulièrement active en Hongrie, il privilégie un style davantage marqué par l’influence du photojournalisme que par le style pictorialiste qui prévaut dans le domaine de la photographie d’art. Il publie ses premières images dès 1917.


 2. Il photographie la scène parisienne de l’entre-deux-guerres

Dès son arrivée à Paris, il se constitue un cercle d’amis au sein de la scène artistique, tirant le portrait de Brassaï, Alexander Calder, Piet Mondrian et des artistes du Montparnasse. Il devient un acteur incontournable de la photographie à Paris au tournant des années 1930. Se distinguant par leur « point de vue », que saluent les critiques de son temps, ses images sont publiées dans des revues françaises et allemandes comme VU, Art et médecine, L’Art vivant ou encore Uhu.

L’œuvre de Kertész est à la croisée des mouvements artistiques qui agitent le Paris de l’entre-deux-guerres. Bien qu’il ait retenu les leçons des cubistes et des constructivistes, il ne restreint jamais ses photographies à un jeu de lignes, gardant toujours son sujet reconnaissable, comme lorsqu’il joue avec les ombres qui tracent des obliques sur les escaliers de la butte Montmartre ou photographie en plongée des enfants sur le chemin de l’école, les réduisant à des silhouettes.

En 1945, se souvenant des lieux qu’il a fréquentés avant-guerre à Paris, André Kertész publie Day of Paris à partir des photographies qu’il a emportées avec lui aux États-Unis en 1936. Le livre s’organise comme le récit d’une journée de déambulation dans la ville. Dans chacune de ces publications, dont Kertész se saisit pour présenter le peuple de Paris, les parcs parisiens ou les ateliers d’artistes du Montparnasse, la présence humaine l’emporte sur l’architecture.


 3. Il est réputé pour sa série de photographies « Distorsions »

À l’origine de la fascination d’André Kertész pour les formes produites par la diffraction de la lumière se situe son célèbre Nageur sous l’eau (1917), dont l’apparence est altérée par l’ondulation des vagues sous le soleil. Le photographe considère ce cliché comme préfigurateur de la suite d’expérimentations qu’il mènera autour de la déformation du sujet. Dans la matière réfléchissante et les courbes des objets, il n’aura de cesse de traquer les « images déviantes », pour reprendre les termes de l’historien de la photographie Michel Frizot.

Kertész utilise des miroirs déformants pour Visage de femme en 1927, puis pour les portraits du rédacteur en chef du magazine VU, Carlo Rim, réalisés dans le parc d’attractions de Luna Park au bois de Boulogne en 1930. La série de nus que lui commande le magazine Le Sourire en 1933 permet au photographe de poursuivre l’expérience. Installé en studio avec deux modèles féminins et des miroirs déformants, il réalise près de deux cents plaques de verre de format 9 × 12 cm pour la série Déformations, renommée Distorsions en 1976 d’après le titre du livre regroupant cent vingt de ces images, qui paraît cette année-là à New York et à Paris.


 4. «Je vis à New York, je travaille à New York, mais j’aime Paris»

À son arrivée en 1936 à New York – où il vivra jusqu’à la fin de sa vie –, André Kertész peine à s’adapter aux attentes de l’agence Keystone. Il décroche quelques commandes auprès du magazine Vogue en 1938, mais voit ses images refusées par Life l’année suivante. Ces difficultés l’incitent par la suite, parallèlement à ses travaux contractuels – notamment pour le magazine House & Garden qui lui confie essentiellement des vues d’architecture intérieure –, à poursuivre ses recherches personnelles. Frappé par les perspectives spectaculaires du paysage urbain new-yorkais, il en fait son sujet de prédilection.

En 1976, Kertész publie Of New York…, compilation de photographies prises au fil de ses quarante ans de vie dans la ville, dressant un tableau assez mélancolique de son environnement new-yorkais. Les constructions géométriques formées de buildings, de rues, de voies ferrées et de berges contrastent fortement avec le caractère intime de ses photographies de la capitale française.

Ici, pas de portraits d’artistes ou d’écrivains. Plongée et contre-plongée accentuent la verticalité de l’architecture, laissant peu de place à la figure humaine, dont passants et promeneurs sont les rares occurrences. Souvent perdus dans l’immensité du décor, les corps constituent un rappel de l’échelle, en particulier dans les clichés de la fin des années 1930, qui soulignent la solitude des individus. Les images de la fin des années 1940 et des années 1950 composent quant à elles un portrait vivant de New York à l’aide de fragments publicitaires expressifs prélevés dans les rues ou sur les quais de gares.


 5. À la fin de sa vie, il photographie en couleur avec un Polaroid

À partir des années 1950, il emploie la pellicule Kodachrome pour photographier New York en couleurs, puis les nombreuses villes où le conduisent ses voyages. Ces images ne font l’objet que de publications anecdotiques dans les années 1960 et 1970.

Son investigation de la couleur prend une véritable ampleur lorsque, à partir de 1979, le Polaroid’s Artist Support Program met à sa disposition un appareil Polaroid SX-70, qui lui offre un nouveau champ d’expérimentation, l’aidant à sortir de la dépression dans laquelle l’a plongé le décès d’Élisabeth en 1977. Kertész renoue alors avec une pratique quotidienne de la photographie. Organisant les objets, cherchant les ombres ou guettant la lumière du matin, il envisage le Polaroid comme l’instrument de son dernier théâtre, ravivant ici en quelque sorte l’approche amateur de ses débuts. Jouant des reflets et des transparences d’objets en verre au travers desquels il photographie depuis sa fenêtre, il crée de petites natures mortes intimistes où la ville se dissout dans les couleurs saturées du Polaroid. En 1981, il publie un ensemble de ces polaroïds dans From My Window (publié en français sous le titre À ma fenêtre).

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