Vers une écologie des images
Un colloque en ligne - Juin 2020

Marta Ponsa : « Introduction – écologie des images et images de l’écologie. » from Jeu de Paume / magazine on Vimeo.


Retrouvez toutes les vidéos du colloque en ligne sur le magazine du Jeu de Paume.



Interrompue par la pandémie due au coronavirus, l’exposition "Le supermarché des images" aura montré la surproduction d’images — plusieurs milliards chaque jour sur les réseaux sociaux — qui débordent la visibilité. Ce sont des questions nouvelles que pose un tel surplus iconique : il faut stocker les images, les formater, organiser leurs échanges et leurs flux, elles qui requièrent des infrastructures routières (les câbles internet) ainsi que des formes inédites de travail (les modérateurs de contenu, les ouvriers du clic). Bref, ce que "Le supermarché des images" aura exposé, c’est une économie propre aux images : leur iconomie.

Et après ?

Le démontage, la remise en circulation des images exposées est le moment pour interroger la portée écologique de la réflexion iconomique ainsi engagée.
Il est patent que l’univers supposément immatériel où circulent les images formatées en .jpeg ou .mp4 a un impact environnemental alarmant. Les data centers doivent être refroidis, les câbles bouleversent les écosystèmes qu’ils traversent, le recyclage des écrans est toxique, l’extraction des métaux nécessaires aux piles et aux puces détourne ou contamine les réserves d’eau… Mais au-delà des retombées polluantes de l’iconomie contemporaine, il s’agit aussi de penser l’écologie des images entre elles.
Cette idée n’est certes pas sans précédents. En 1977, dans Sur la photographie, Susan Sontag appelait de ses vœux « une écologie appliquée […] aux images ». Et Ernst Gombrich a choisi ce titre —L’Écologie des images — pour un recueil paru en 1983 et consacré au « milieu social des images ». Au-delà de ces occurrences restreintes de l’expression, toutefois, elle doit être déployée en direction d’une iconomie générale dont nous — notre regard humain — ne sommes qu’un rouage parmi d’autres.
L’immense majorité des images, comme l’a récemment remarqué Trevor Paglen, est désormais produite par des machines et pour des machines. Mais si les développements de la machine vision préfigurent une visibilité qui n’a plus l’humain pour centre, d’autres écosystèmes d’images — notamment animaux — restent à cartographier ou à inventer. L’image non anthropocentrée est là depuis toujours, mais elle reste plus que jamais à venir.

Peter Szendy


Intervenants : Ursula Biemann, Emanuele Coccia, Keller Easterling, Margarida Mendes, Marta Ponsa, Evan Roth, Clémence Seurat, Peter Szendy.

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