Image et ville
Coup d'oeil #2
du 05 octobre
au 01 novembre 2020

Pendant tout le mois d'octobre, on vous parle des liens entre "image" et "ville", avec un focus sur image et architecture. Au programme : des images commentées, des reco lecture et ciné et bien d'autres surprises...


L'EDITO

1947, premier voyage de Simone de Beauvoir aux Etats-Unis. Sa découverte de New York s’accompagne pourtant d’un étrange sentiment de déjà vu tellement les photographies et surtout les films sur la ville ont conditionné son esprit et son regard : « C’est par ces images noires et blanches que j’ai d’abord connu l’Amérique, et elles m’en apparaissent encore comme la substance réelle; l’écran est un ciel platonicien où je ressaisissais dans sa pureté l’idée dont les maisons de pierre, les lumières au néon ne sont qu’une incarnation incertaine » (Simone de Beauvoir, L’Amérique au jour le jour, 1948). Etonnant retournement des valeurs dans lequel la ville n’est plus qu’un reflet changeant, imparfait de ses représentations - l’écran du cinéma, faisant littéralement écran entre le spectateur et la réalité.
 
Alors oui, les villes ont, constitué, tout au long du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui de prodigieuses machines à filmer et à photographier. Certaines d’entre elles se sont construites également par l’image. Qu’on pense à Brasilia, dont l’imaginaire est nourri des cadrages photographiques, serrés et dynamiques, du mouvement moderne, qu’on pense à Las Vegas, dont la perception est indissociable de la couleur (comment imaginer Las Vegas en noir et blanc?) et du mouvement (impossible de filmer le Strip de Las Vegas sans travelling). Et plus près de nous que dire de Dubaï, dont l’imaginaire s’est construit en partie à coup d’images de synthèse, qui jouaient justement de cette indétermination entre le réel et le possible, entre ce qui existe aujourd’hui et ce qui verra le jour demain? 
 
En 1986, Jean Baudrillard parcourt l’Amérique et ses villes et remarque, comme en écho aux mots de Simone de Beauvoir, l’omniprésence de la fable cinématographique : « La ville américaine semble elle aussi issue du cinéma. Il ne faut donc pas aller de la ville à l’écran mais de l’écran à la ville pour en saisir le secret » (Jean Baudrillard, Amérique, 1986). Aller de l’écran à la ville pour en saisir le secret c’est exactement ce à quoi nous vous invitons ce mois-ci !

Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume



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