Sabine Meier

Agée de 42 ans, Sabine Meier pratique la photographie depuis une quinzaine d'années. Elle vit et travaille au Havre. Elle expose son œuvre régulièrement, dans des institutions en France et à l'étranger. Plusieurs de ses travaux figurent dans des collections publiques (Fonds national d'art contemporain) et privées. Elle a reçu à différentes occasions, le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles et du Fonds régional d'art contemporain de Haute-Normandie, de la ville de Munich, du Centre culturel français d'Helsinki, du centre photographique PERI de Turku et de la Galerie Pôle Image de Haute-Normandie. Diplômée de l'École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris, licenciée en esthétique de la photographie et agrégée d'arts plastiques, elle s'inscrit dans le champ de la création artistique contemporaine.

Dès l'origine, Sabine Meier pense son travail photographique à partir de programmes conceptuels précis (inventaires, dispositifs). Elle dit s'être rendu compte, peu à peu, que ses objectifs théoriques trouvaient leur traduction dans des systèmes visuels "construits en boucle" et "clos sur eux-mêmes". L'artiste réalisera que ses images mettent en échec les programmes qui sont à l'origine de leur conception même. "Peu à peu l'évidence s'est imposée : c'est cette faillite que je visais, c'est l'incapacité de la photographie à représenter ce qu'on voudrait lui faire dire, à présenter le simple fait qu'elle est une photographie, qui faisait mon sujet", précise Sabine Meier. Son travail s'oriente alors naturellement vers l'autoportrait, conçu comme une "image d'un circuit fermé" qui n'exposerait finalement que "les modalités de son apparition". L'autoportrait est pensé comme la discipline manifeste de l'autonomie de l'art (de la photographie). Le corps de l'auteur est l'opérateur de la prise de vue tout en étant le modèle.

Les images choisies pour les "Prix Photo du Jeu de paume 2006" ont été réalisées entre 2002 et 2006. Elles font partie du corpus des autoportraits. Elles se déclinent, dans leur version originale, en grands formats (120 x 120 cm, 80 x 120 cm, 100 x 150 cm…). Ce choix de présentation a toute son importance car il permet à l'artiste de laisser place à des noirs, à des surfaces opaques ou translucides de visibilité, d'aveuglement ou de latence qui impliquent le spectateur dans le processus même de présence plastique de l'image. Avec l'utilisation de miroirs dont elle touche parfois la surface, par des jeux de juxtapositions, d'intervalles et de superpositions (doubles prises de vues, pauses bougées) ou encore avec des effets d'altérations (tains de miroirs dégradés), de saturations ou d'absences de lumières (noirs, surexpositions), l'artiste crée des inversions de perspective, brouille les apparences et contredit l'objectivité et la fixité photographique.

Sabine Meier s'inscrit dans ce que Martine Lacas définit comme une "non-familiarité avec son autoportrait"(1). La figure est présente tout en étant distancée, voire en quête de disparition. Les autoportraits de Sabine Meier ne révèlent aucune psychologie. Impassibles, ils sont en phase avec les profondeurs de vides données par les compositions des images.
À la limite parfois de protocoles picturaux et abstraits, l'artiste opère une "non-incarnation" de la figure, en dehors de tout souhait de représentation littérale ou anecdotique : "Ce que je recherche tient de ce que l'on pourrait identifier à un désinvestissement, à un retrait de l'image comme description, à une absence, voire à un aveuglement consenti. Travailler dans le noir" précise-t-elle.


(1) Lacas Martine, "Liminales", in Autoportaits, Sabine Meier, éditions du Pôle Image Haute-Normandie


Notice établie par Hélène Chouteau,
rapporteur du Jury