Pierre et Gilles, double je
1976-2007





L'exposition "Pierre et Gilles double je" s'inscrit dans le parcours
"Plein Soleil / l'été des centres d'art", organisé par
d.c.a / association française de développement des centres d'art
en partenariat avec la Délégation aux arts plastiques,
ministère de la Culture et de la Communication.

Elle est organisée avec le soutien d'Olympus France
en partenariat avec Le Figaroscope, Marie-Claire,
Blast, Paris Première et FIP
en association avec PHotoEspaña

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Neuflize Vie soutient le Jeu de Paume




L'éblouissement ? Voilà bien ce que l'œuvre de Pierre et Gilles, débordante de beauté superlative, livre avec le plus de constance, depuis trente ans à présent (Iggy Pop, 1977). Mais pas seulement.
Empruntant à l'esthétique populaire son goût des formules visuelles séduisantes, l'image type signée Pierre et Gilles — un portrait arrangé — se caractérise aussi par sa surcharge protéiforme, ambivalente à dessein. Beauté de la composition, soit, mais alors mise en scène de manière volontiers exagérée. Travail sur la couleur des plus raffinés, mais outré. Extrême précision du rendu mais également lissage esthétisant, d'esprit kitsch à la puissance deux, un brin interlope. Modèles que le titre de chaque œuvre désigne par leur prénom mais arrachés pourtant à leur identité concrète par une transfiguration vestimentaire et un mode de présentation qui en font des emblèmes, plus que des figures humaines. […]

Dès les débuts de leur collaboration, en 1976, Pierre est celui qui photographie et Gilles celui qui peint, selon la formule consacrée. […] Pierre et Gilles, unis dans la vie, le sont aussi par le travail de l'art, consécration d'un lien affectif qui est dans leur cas, de concert, un lien par l'esthétique. "Pour eux, la création d'une œuvre est un long chemin complexe. Ils imaginent d'abord ensemble l'idée créatrice puis réalisent les esquisses préliminaires et recherchent le modèle idéal. Gilles trouve ensuite les éléments pour créer le décor et Pierre fait la photographie. Une fois la photo sélectionnée et tirée, Gilles repeint l'image. Après quoi ils créent un encadrement spécifique à l'œuvre. La photographie étant repeinte à la main, aucun autre exemplaire ne peut être réalisé*."

Photographie et peinture, chez Pierre et Gilles, se jumellent, expression de l'union concrète des deux artistes et d'une mise en commun de leurs dons réciproques. […] Médium par excellence de l'enregistrement, la photographie se voit pour l'occasion re-matérialisée dans le médium pictural. Cette retouche à la peinture, acte physique s'il en est, acte engageant le geste corporel, garantit le caractère unique de chaque "photographie-tableau", outre sa nature artisanale et, par rebond, sa plus-value symbolique aujourd'hui, à l'ère de la "reproductibilité mécanique" triomphante de l'image dont parle Walter Benjamin. Elle est aussi cet acte par lequel peut avoir lieu la transsubstantiation de l'image. Cette dernière cesse d'être un document pour devenir un tableau.


Extraits du texte de Paul Ardenne publié dans Pierre et Gilles, Double je, 1976-2007 Tashen, Cologne, 2007

* Oscar Ho Hing-Kay, "Le plaisir populaire de Pierre et Gilles", Pierre et Gilles rétrospective, MOCA, Shanghai, 2005


Biographie

Pierre est né à La Roche-sur-Yon en 1950, Gilles au Havre en 1953.
Au début des années 1970, Gilles passe son diplôme à l'École des Beaux-Arts du Havre, tandis que Pierre étudie la photographie à Genève.

1973 Après l'armée, Pierre commence à travailler à Paris comme photographe pour les magazines Rock & Folk, Dépêche Mode et Interview.
1974 Gilles correspond pendant un an avec Annette Messager, s'installe à Paris où il fait de la peinture, des collages, collectionne les Photomatons et réalise des illustrations pour les magazines et la publicité.
1976 Pierre et Gilles se rencontrent lors d'une inauguration à Paris et commencent à vivre ensemble. Ils installent leur premier appartement-atelier rue des Blancs-Manteaux à Paris.
1977 le fait de travailler en collaboration s'impose à eux comme une évidence.
1978 début de l'époque du Palace pour lequel ils réalisent des affiches et des cartons d'invitation.
1984 participation aux "Ateliers 84", ARC Musée d'art moderne de la Ville de Paris.
1985 participation à l'Art Ginza Space de Tokyo.
Depuis 1990 résident et travaillent au Pré-Saint-Gervais. L'atelier et le studio sont à l'image de leur univers.
1993 Grand Prix de Photographie de Paris.
1996 rétrospective à la Maison européenne de la Photographie à Paris. Catalogue publié par Taschen avec des textes de Bernard Marcadé et Dan Cameron.
1998 rétrospective au Museo de Bellas Artes, de Valence, en Espagne.
1999 rétrospective au Turun Taidemuseo de Turku, en Finlande.
2000 participation à l'exposition "Appearance", à Bologne, et à l'exposition "La Beauté", à Avignon. Rétrospective au New Museum de New York et au Yerba Buena Center de San Francisco.
2002 exposition "Arrache mon cœur" au KunstHaus de Vienne, en Autriche.
2004 rétrospective "Beautiful Dragon" au Seoul Museum of Art et au Singapore Art Museum.
2005 rétrospective présentée lors de l'ouverture du Musée d'Art contemporain de Shanghai (MOCA).
2007 "Correspondances" au Musée d'Orsay : mise en confrontation avec La Mort d'Abel de Vincent Feugère des Forts. Rétrospective à la Moscow House of Photography, au Manège de Moscou et au Palais de Marbre du Musée russe de Saint-Pétersbourg.