Michal Rovner, Fields
installations et œuvres vidéos






Exposition présentée du 4 octobre 2005 au 8 janvier 2006.
Vernissage le lundi 3 octobre 2005.

En partenariat avec le Festival d'Automne à Paris,
avec le soutien de LVMH / Moët Hennessy. Louis Vuitton
et en partenariat avec i >TELE
Neuflize Vie soutient le Jeu de paume

L'exposition est programmée au Tel Aviv Museum of Art en 2006




Michal Rovner, artiste israélienne, conçoit des images et des installations qui mettent en œuvre un travail se situant "aux frontières" - frontières réelles ou symboliques, entre la réalité et la fiction, mais aussi entre l'image fixe et l'image animée, entre la photographie, la calligraphie et la peinture. Sa rétrospective au Whitney Museum de New York, en 2002, était d'ailleurs intitulée The Space between (L'Espace entre).
Dans leur composition, ses images, souvent constituées de silhouettes d'hommes ou de femmes - foules ou êtres isolés -, et présentées par l'intermédiaire de techniques vidéo très sophistiquées, apparaissent comme des chorégraphies au rythme très étudié, parfois chargées d'une atmosphère dramatisée.
L'artiste part d'une réalité (une ferme en Israël, des images de guerre, de frontière, des personnages avançant dans le désert, des puits de pétrole, des vols d'oiseaux, des pierres …) qu'elle manipule et reconstruit pour évoquer les thèmes universels que sont la guerre, l'affrontement, le temps et la mémoire, l'identité, la liberté.

"Mon travail n'est pas directement lié à la question israélo-palestinienne. Je montre des situations de conflit, de tensions, de fractures, de vulnérabilité. (…) Je pars toujours de la réalité. Je l'enregistre, et ensuite, petit à petit, je soutire l'image à la réalité. L'image devient plus floue, elle perd de sa définition, elle se rapporte dès lors à autre chose."
Michal Rovner


"Avec une rigueur et une clarté de vision extrêmes, Michal Rovner exploite toutes les ressources du travail sur l'image photographique et la vidéo, retraitant les scènes qu'elle enregistre, en modifiant les couleurs, les contours, les proportions pour faire saillir des détails insoupçonnés et créer ainsi une autre réalité. Il ne s'agit pas d'enjoliver le réel, ou de l'abstraire, mais au contraire d'attirer l'attention en la détournant : sur un monde en proie à la guerre, soumis à la profusion des images, sur la fragilité des limites entre le Bien et le Mal, l'Être et l'Inexistant. L'image photographique se fait proprement révélatrice et met au jour la coexistence de plusieurs niveaux de perception.
Ce qui frappe dans le travail de Michal Rovner, c'est la force, la beauté qui s'en dégage.
On pourrait penser, à la vue de ces silhouettes fragiles, tremblotantes, presque fantomatiques, perdues à la surface neigeuse des écrans vidéos, de ces fermes isolées dans le décor au point de devenir quasi abstraites, aux paysages de Gerhard Richter, aux univers désolés du cinéaste Sharunas Bartas."
Extrait d'un texte de David Sanson,
catalogue du Festival d'Automne à Paris, 2005


Michal Rovner avait déjà travaillé avec des musiciens - Philip Glass (Notes, 2001), Rea Mochiah (Time Left, 2002). L'une de ses nouvelles pièces, Fields of Fire, 2005, a été conçue par l'artiste en collaboration, pour la partie sonore (création), avec Heiner Goebbels, compositeur et metteur en scène. Cette pièce est une co-réalisation Jeu de paume - Festival d'Automne à Paris.



Fields of Fire, 2005


Installation vidéo conçue par Michal Rovner,
en collaboration avec Heiner Goebbels pour la partie sonore

Co-réalisation Jeu de paume - Festival d'Automne à Paris

À l'origine de Fields of Fire, un voyage entrepris par Michal Rovner à travers les champs de pétrole du Kazakhstan. En dépit de l'éloignement géographique et de la difficulté d'accès, le monde entier a les yeux fixés, pour des raisons économiques et politiques, sur ces ressources pétrolières. Mais il s'agit bien d'un enjeu mondial, l'extraction incessante d'énergie fossile pose aussi la question du rapport de l'homme à la nature. Michal Rovner a choisi d'utiliser l'énergie indomptable du feu, sous sa forme la plus brute, pour créer une matière visuelle inquiétante.

Les sources sonores enregistrées par Michal Rovner au Kazakhstan ont été utilisées pour produire la partie sonore de Fields of Fire. Heiner Goebbels a soumis ces sons originaux à un traitement électronique qui les rend presque méconnaissables, mais quelque chose de la puissance et de la vitesse du jaillissement incessant du pétrole demeure.

Michal Rovner (née à Tel-Aviv en 1957, établie à New York depuis 1987) et Heiner Goebbels (né en 1952 à Neustadt, établi à Francfort) s'expriment habituellement chacun dans des domaines différents, mais on peut percevoir chez eux des analogies de structure et des axes de travail communs. On pense par exemple à la multitude et à la socialisation des individus, tout en maintenant une certaine distance, qui autorise le spectateur à faire ses propres découvertes et expériences.

Heiner Goebbels, compositeur, metteur en scène, professeur à l'Université de Giessen pour l'étude des arts scéniques, vit à Francfort.
Il a créé des œuvres pour ensemble instrumental (La Jalousie), pour grand orchestre (Surrogate Cities), des concerts scéniques (La Libération de Prométhée, Eislermaterial), des spectacles (Ou bien le débarquement désastreux, La Reprise, Noir sur Blanc, Hashirigaki, Eraritjaritjaka), et un opéra (Paysage avec parents éloignés).



On the Earth's Face

Dialogue entre Michal Rovner et Jeanette Zwingenberger,
le jeudi 6 octobre à 18h30 au Collège International de Philosophie,
1, rue Descartes - 75005 Paris.

Jeanette Zwingenberger est historienne de l'art et commissaire d'exposition.



Notes biographiques


Artiste de renommée internationale, Michal Rovner est née en Israël en 1957.

À l'âge de 21 ans, elle ouvre une école de photographie à Tel Aviv, Camera Obscura, qu'elle dirige tout en y suivant des cours de photographie et de vidéo. Parallèlement, elle étudie la philosophie et le cinéma à l'université de Tel Aviv. Elle est diplômée de la Bezalel Academy of Art and Design de Jérusalem.

En 1982, l'artiste visite New York pour la première fois.
En 1983, Robert Frank est invité à animer un atelier à Camera Obscura ; en 1985 Lee Friedlander en anime un à son tour. L'artiste y enseigne la photographie en 1986 - 1987.
À cette époque, Michal Rovner photographie la ferme familiale, ses voyages en Allemagne et en Italie.
En 1987 elle s'installe à New York.

En 1989 elle réalise sa première grande série Outside, dans le désert du Neguev.
Elle collabore avec Robert Frank pour la réalisation de films et l'édition de photographies (1989 - 1991).
La guerre du Golf, en 1991, lui fournit la matière de la série Decoy : l'artiste réalise des polaroïds à partir des transmissions d'images télévisées.
Dans les années qui suivent, elle fait plusieurs séjours en Israël.
Après une première exposition à Chicago en 1993, elle est invitée à exposer à Jérusalem, Israël Museum, l'année suivante.
Dès lors, les voyages s'enchaînent : la Chine, la Californie et Israël où elle commence à photographier les oiseaux, la Grèce ....
La série Border, réalisée à la frontière d'Israël avec le Liban, est présentée au MoMA en 1997, puis la même année à la Tate Gallery, à Londres, et au Los Angeles County Museum of Art.
L'installation vidéo monumentale, Overhanging, est présentée en 1999 au Stedelijk Museum d'Amsterdam.
En 2000, un séjour de retraite dans un monastère à Beit Jamal en Israël lui inspire une série de photographies, Nuns. La même année elle parcourt la Russie : de ce voyage naîtront plusieurs vidéos, dont Time Left ; l'installation Coexistence 2 est créée à la Corcoran Gallery of Art de Washington.
En 2001, elle collabore avec le musicien Philip Glass pour une vidéo présentée à New York , au Lincoln Center.
Michal Rovner a été exposée au Pavillon israélien, à la Biennale de Venise 2003 où elle a présenté plusieurs installations et projections vidéo sous le titre Against Order ? Against Disorder ?.
Au printemps 2004, elle a présenté à la Galerie Pace Wildenstein, à New York, sa série On Stone - stèles de pierre servant de supports vidéo.
En 2005, le Jeu de paume organise la première exposition importante de l'artiste en France.



Michal Rovner, Expérience et espace

"Michal Rovner, pas plus qu'aucun autre artiste, n'échappe totalement à la logique du médium (des différents médiums) dans lequel elle travaille. Les supports ont leur histoire et leur lois, leur dynamique propre, dont l'artiste joue dialectiquement, s'en approchant et s'en éloignant, les pervertissant et les régénérant tour à tour. Ses premières photographies étaient le résultat de multiples manipulations (polaroids agrandis, rephotographiés et colorisés au tirage, par exemple), tout comme les installations vidéo actuelles font l'objet de traitements numériques complexes. Au départ, un noyau de réel, trouvé tel quel ou mis en scène (une maison, un lieu, des personnages alignés, une flamme, etc.), dont l'image va être soumise à de nombreuses opérations qui en transforment profondément l'échelle, la texture, la couleur. De sorte que ce qui en résulte n'appartient plus à un espace, ni à un ordre particulier de la représentation, mais semble exister d'une vie autonome, comme si l'œuvre créait ses propres règles et ses propres repères. La matière des photographies a quelque chose à la fois de pictural et de cinématographique, les vidéos font penser à du dessin doté du mouvement ou à du cinéma expérimental. Mais ces analogies sont de peu d'utilité pour décrire la présence des œuvres, la manière dont elles installent un espace propre. Car si ce sont bien des “installations”, ce n'est pas seulement au sens de l'appartenance à une catégorie un peu fourre-tout destinée à l'origine à accueillir ce que Rosalind Krauss désignait comme de la sculpture “au sens élargi du terme” — mais bien au sens le plus actif, celui de l'invention d'un espace propre, espace perceptif et symbolique à la fois. Il faut donc s'interroger sur ce qui pourrait constituer la “région centrale” de Michal Rovner, son “espace logique” dont les œuvres particulières ne seraient qu'autant d'avatars ou d'approches. (…)

Je m'arrêterai un instant sur la notion d'expérience, dans la mesure où elle me semble éclairer le travail de Michal Rovner. C'est le film qu'elle a réalisé pour le nouveau musée de l'Holocauste à Yad Vashem qui m'en a donné l'idée, et qui permet, je crois de relire une partie de son travail antérieur. Ce film est fait d'un assemblage complexe d'images et de sons trouvés dans des archives européennes qui témoignent de la vie des communautés juives avant l'Holocauste. Ces documents, réduits parfois à quelques fragments, quelques secondes de film, parfois à une seule image, sont retravaillés numériquement, redoublés, assemblés, superposés, montés en un ensemble d'environ 11 minutes qui défile lentement comme un flux mémoriel. L'espace visuel, mais aussi mental et psychique, ainsi construit est travaillé par une temporalité bien particulière, qui met en jeu des couples contradictoires : temps long de l'histoire et conscience du présent, lenteur et condensation, insouciance et prémonition, continuité et discontinuité, homogénéité et hétérogénéité, etc. Nous sommes face à un espace-temps proche de celui du rêve, mais qui laisse à chacun des spectateurs la possibilité de se l'approprier, de constituer et d'y projeter sa propre mémoire. Ce n'est pas un espace fermé, un espace-refuge, mais un espace ouvert, qui découle du mouvement même des images. Ce sont le montage, l'agencement et le défilement des images qui le constituent, créant et défaisant sans cesse une profondeur spatiale et temporelle entièrement construite."

Extraits du texte de Régis Durand,
catalogue de l'exposition, éditions Steidl, 2005




LVMH / Moët Hennessy . Louis Vuitton,
mécène de l'exposition Michal Rovner au Jeu de paume


En contribuant à la réalisation de l'exposition Michal Rovner, Fields, LVMH / Moët Hennessy . Louis Vuitton marque son engagement en faveur de la création contemporaine et permet au plus large public de découvrir, à Paris, Michal Rovner et ses œuvres.

Michal Rovner est une artiste dont l'itinéraire personnel et l'œuvre sont à la croisée de plusieurs cultures. C'est dans cet esprit de réciprocité et d'échange que LVMH a passé commande en 2004 à Michal Rovner, ainsi qu'à plusieurs autres artistes de la scène contemporaine internationale, d'une œuvre vidéo spécialement créée pour le hall de son siège parisien, 22 avenue Montaigne.

En 2005, ce mécénat s'inscrit dans une année particulièrement riche en matière culturelle : en juin dernier, LVMH a permis la création de Casino, œuvre réalisée par Annette Messager pour le Pavillon français de la Biennale de Venise et récompensée par un Lion d'Or, avant d'apporter son soutien, cet automne, aux expositions Klimt, Schiele, Moser, Kokoschka, Vienne 1900 aux Galeries nationales du Grand Palais, Robert Malaval, kamikaze au Palais de Tokyo et aux manifestations de réouverture de la Cinémathèque française à Bercy.
Depuis près de quinze ans, le mécénat de LVMH a notamment contribué à la présentation de 18 grandes expositions nationales à Paris, à la création et au rayonnement de nombreuses créations artistiques en France et à l'étranger, tant dans le domaine de la musique que des arts plastiques, ou encore à l'exposition des Trésors impressionnistes des collections nationales françaises à Pékin, Shanghai et Hong Kong, dans le cadre des Années France - Chine, en 2004 - 2005.

La démarche de mécénat de LVMH pour la culture, le patrimoine artistique et la création contemporaine vise à promouvoir et à partager les valeurs d'excellence et de créativité qui assurent, partout dans le monde, le succès économique de ses Maisons.