Contacts de civilisations en Martinique et en Guadeloupe
Michel Leiris

Les Antilles françaises représentent un de ces cas privilégiés qui demandent à être mieux connus. Il ne suffit pas de s'étonner que les descendants des esclaves libérés en 1848 soient devenus en trois générations des citoyens au même titre que les Normands, les Bourguignons ou les Picards, il faut encore examiner les étapes de cette transformation et, en étudiant la situation présente dans un esprit scientifique, évaluer la nature et l'étendue d'une telle assimilation. Certes le chemin parcouru en si peu de temps est immense, mais le témoignage que ce livre apporte eût été suspect s'il n'avait également signalé les pierres d'achoppement qui existent encore : M. Leiris les mentionne avec la plus franche objectivité. Dans cette société très composite, la répartition par classes se superpose encore à la répartition par catégories raciales, sans qu'il y ait toutefois coïncidence absolue. L'attitude des Blancs créoles vis-à-vis des mariages mixtes n'a guère varié depuis le temps de la colonie. Il existe surtout des antagonismes, d'ordre économique plus que racial, qui oppose à un patronat essentiellement blanc une masse de travailleurs de couleur. Le tableau n'est donc pas sans ombre.
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À travers l'histoire de la Guadeloupe et de la Martinique, M. Leiris a retracé l'évolution de leur structure sociale et montré comment s'est opérée l'ascension des éléments d'origine non européenne (ou non exclusivement européenne) de la population. L'abolition de l'esclavage, la diffusion du patrimoine culturel français dans les masses de couleur et la reconnaissance de leurs pleins droits civiques ont amené une intégration suffisante pour que ces masses apportent aujourd'hui une contribution originale à la culture française et pour qu'on observe dans la plupart des esprits une sensible atténuation des préjugés raciaux qui sont un reliquat de la vieille époque coloniale. C'est dans cette perspective largement humaniste que l'auteur a conduit l'étude qui lui était demandée et qu'il en présente les résultats au public.



Éditions Gallimard / UNESCO, Paris, 1955.
Texte de Michel Leiris, résultat de l'enquête confiée à Michel Leiris par l'Unesco en 1952.
194 pages, 18 euros.

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