Rallier le flot
Satellite 8. Une proposition de Erin Gleeson

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En accès libre, la programmation Satellite est confiée chaque année à un commissaire différent chargé de trois expositions au Jeu de Paume et d’une exposition à la Maison d’Art Bernard Anthonioz (Nogent-sur-Marne).
Pour la huitième édition de cette programmation, le Jeu de Paume s’est associé au CAPC – musée d’art contemporain de Bordeaux et a convié Erin Gleeson, commissaire indépendante américaine basée à Phnom Penh. Les quatre expositions de « Rallier le flot » sont également présentées au CAPC en 2015.


« Rallier le flot » est une expression empruntée à un proverbe khmer. Cette douce métaphore masque une injonction entendue en tous temps et en tous lieux : où que l’on se trouve, il faut accorder ses actes à la situation. Ce proverbe nous rappelle l’existence d’un levier ancestral permettant d’agir sur la conscience collective : l’expression individuelle.
Si beaucoup d’artistes attachés aux questions de résistance sociale et politique s’emparent d’outils démocratiques en appelant directement à des réformes, d’autres donnent libre cours à leur veine contestataire dans le flot ou le cadre même de récits personnels, en travestissant leur résistance en aventure intime.

Dans certaines circonstances, se cantonner aux petites histoires, recueillir et reconstituer en silence des archives, simplement rendre compte ou prendre des images, c’est aussi une stratégie pour perturber l’histoire officielle. Perturber l’histoire officielle, c’est remettre en cause l’autorité héritée et incarnée qui la perpétue. « Rallier le flot » réunit ainsi quatre artistes – Khvay Samnang (Cambodge), Nguyen Trinh Thi (Vietnam), Arin Rungjang (Thaïlande) et Vandy Rattana (Cambodge) – qui ont investi l’image en mouvement comme outil de résistance en l’inscrivant dans et contre un héritage complexe d’occupation culturelle et historique et de censure. Leurs récits nous parviennent sous forme de codes, de strates, pris entre réalité et fiction, entre fiction et documentaire. Pour éviter les visions binaires est ménagé un espace d’indétermination qui leur permet de ne pas céder aux interprétations dominantes des sujets qu’ils abordent. Les histoires respectives des pays, des sociétés et des individus deviennent des entrelacs personnels d’actions et de réactions dépendantes et transnationales.

Erin Gleeson, commissaire




Erin Gleeson est cofondatrice et directrice artistique de SA SA BASSAC. Situé à Phnom Penh, à la fois galerie et centre de documentation, SA SA BASSAC est destiné à faciliter, produire, archiver et partager projets et dialogues autour de l’art contemporain à l’échelle nationale et internationale.
Parmi les projets récents d’Erin Gleeson, on citera : Roundtables: The Body, The Lens, The City (2014), colloque d’une journée sur la performance et les pratiques documentaires au Cambodge organisé par SA SA BASSAC ; FIELDS: An Itinerant Inquiry Across Cambodia (2013), programme de résidence nomade d’un mois axé sur la recherche avec vingt participants venus de dix pays ; l’exposition collective « Phnom Penh: Rescue Archaeology » et son catalogue (2013) à l’IFA, Berlin et Stuttgart ; l’exposition « Sights and Sounds: Global Film and Video » au Jewish Museum, New York (2013) ; et « If The World Changed », 4e Biennale de Singapour (2013-2014).

Depuis 2005, Erin Gleeson est rédactrice Cambodge pour le magazine Art Asia Pacific et collabore à d’autres publications telles que, tout récemment, South as a State of Mind. Elle donne des conférences et anime des ateliers avec divers partenaires, dont : Tokyo Wonder Site ; la 6 e Triennale d’art contemporain d’Asie-Pacifique à la Queensland Art Gallery, Brisbane (Australie) ; l’Asia Art Archive, Hong Kong ; le Para/Site Art Space, Hong Kong ; le Sotheby’s Institute, Singapour ; le Center for Curatorial Studies, Bard College, États-Unis ; et le Museum of Modern Art, New York. En 2014, elle a prononcé le discours principal sur le thème des échanges culturels et de l’indigénéité au « Curatorial Symposium » de l’université d’Auckland (Nouvelle-Zélande). Outre sa nomination pour le prix Independent Vision d’Indépendant Curators International (2012), elle a bénéficié d’une bourse de voyage de la Foundation for Arts Initiatives et d’une aide aux jeunes chercheurs de la part du Center for Contemporary Art et de la Nanyang Technical University de Singapour (2014).

Originaire de Minneapolis, Erin Gleeson a travaillé au Walker Art Center et au Minneapolis Institute of Arts avant de partir en 2002 pour le Cambodge grâce à une bourse Humphrey-Fulbright accordée par le Human Rights Center de la faculté de droit de l’université du Minnesota. Elle partage désormais son temps entre Phnom Penh et Berlin.

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