Fourth Worlds - L'ethnographie imaginaire dans l'expérimentation musicale et sonore | Jeu de Paume


Fourth Worlds - L'ethnographie imaginaire dans l'expérimentation musicale et sonore
Rencontre et concerts
le 26 juin 2018
19h00 - 22h00
Concorde, Paris

À l’occasion de la soirée de lancement de l’exposition en ligne, « FOURTH WORLDS – L’ETHNOGRAPHIE IMAGINAIRE DANS L’EXPERIMENTATION MUSICALE ET SONORE », le Jeu de Paume accueille les artistes Tomoko Sauvage et Andrew Pekler pour deux concerts inédits ainsi que Stefanie Kiwi Menrath, commissaire de l'exposition qui présentera les différents projets accueillis sur l’espace virtuel.

Bien que la mixité culturelle soit une réalité pour toutes les sociétés depuis des temps immémoriaux, la pratique qui consiste à délimiter les cultures comme des entités séparées, géographiquement ancrées, existe aussi depuis longtemps. En ethnographie, les enregistrements de terrain font partie de cette pratique qui cherche à localiser et à différencier les cultures musicales pour rattacher leurs sonorités à des lieux et à une cartographie culturelle précise. Depuis plusieurs décennies, des artistes s’opposent à cette vision statique de la culture et à cette notion de territorialité de la musique et des sons, grâce aux stratégies critiques offertes par l’imaginaire et la fiction. La question qu’ils posent à travers leurs œuvres est la suivante : quelle est la part d’imagination inhérente aux techniques documentaires de l’ethnographie ? Dans quelle mesure les technologies modernes pour réaliser des enregistrements de terrain perpétuent-elles une perspective eurocentrée de la culture ? La fiction sonore est-elle capable de renverser l’essentialisme culturel et d’encourager une mémoire critique et contestataire ?

En 1980, Jon Hassel, trompettiste et compositeur, propose un début de réponse avec son album Fourth World Vol. 1: Possible Musics (réédité en 2014). Il explique : « J’ai voulu parvenir à des paysages géographiques et mentaux moins déterminés — qu’on ne pense pas à l’Afrique ou à l’Indonésie, ni à tel ou tel endroit du monde [...]. Je voulais quelque chose qui aurait pu exister et grandir dans un endroit imaginaire, avec une culture et une musique imaginaire ». Chez Jon Hassel, la notion de « Fourth World » — le quatrième monde — génère un espace imaginaire ouvert à l’échange musical et culturel. Au-delà de l’utopie d’une mixité culturelle totalement pacifique ou de la dystopie d’un choc des civilisations, il propose de transcender le concept d’un contact culturel purement additif. Ce quatrième monde convoque le caractère immatériel de la musique : elle n’a pas à être une extension littérale de la représentation d’un monde divisé en trois blocs (à l’époque, bloc occidental, bloc soviétique et tiers-monde), elle doit au contraire explorer les références spatiotemporelles musicales et sonores et expérimenter.

En prenant ces éléments comme point de départ, l’exposition « Fourth Worlds » rassemble une sélection de musiciens, d’artistes sonores et de théoriciens qui remettent en cause les discours sur l’« altérité » grâce à une narration spéculative, grâce à la fiction. Mythe des origines hypothétique, fausses archives musicales, atlas fantômes, mémoires critiques, diaspora réunie par une nation virtuelle, îles « pacifiques » dans tous les sens du terme, carnet de voyage fictif, archéologie du futur et reconstruction de mondes bientôt disparus — toutes les œuvres de cette exposition incarnent une riposte musicale et artistique face à la manie ethnographique d’assujettir des cultures à des endroits fixes.

Rencontre et concerts le mardi 26 juin de 19 heures à 22 heures. Accès libre dans la limite des places disponibles.
Renseignements : infoauditorium@jeudepaume.org