Échos & souffles des résistances algériennes
Programmation cinéma proposée par Olivier Hadouchi
du 10 janvier
au 12 janvier 2020
Jeu de Paume, Paris

Durant les années 1960 et 1970, Alger est considérée comme la capitale des mouvements de la libération, comme une sorte d'équivalent de La Havane pour l'Afrique : Ernesto Che Guevara y a séjourné plusieurs fois, et c'est dans cette ville qu'il prononça l'un de ses célèbres discours en 1965. L'Algérie accueillait alors des responsables ou des militants de mouvements de libération (d'Angola, du Mozambique, de Guinée-Bissau et du Cap Vert, du Vietnam, des Palestiniens, des membres de l'ANC luttant contre l'apartheid en Afrique du Sud...), des révolutionnaires, tels que les Blacks Panthers nord-américains, des résistants contre les dictatures d'Europe (Grèce , Espagne et Portugal) ou d'Amérique latine (du Brésil puis du Chili). En 1969, la ville a accueilli le Premier Festival Culturel Panafricain, qui a été filmé par William Klein et plusieurs équipes de cinéastes qui surent capter l'intensité et la portée de l'événement. Ainsi, le cinéma a joué un rôle auprès de cette constellation anticolonialiste et anti-impérialiste, qui accompagnait les luttes de libération tricontinentales (en rapport avec les trois continents qu'on appelait alors le « tiers-monde »). Déjà, durant la guerre d'indépendance, le FLN (Front de Libération nationale) avait utilisé la caméra comme une arme pour promouvoir son combat en cherchant très vite à internationaliser la question algérienne, afin de recueillir des soutiens à l'échelle planétaire, dans le contexte de la décolonisation de l'Asie et de l'Afrique et de l'émergence du tiers-monde sur la scène mondiale. Et on ne s'étonnera pas de voir que l'usage de l'image fixe ou animée durant la guerre d'indépendance algérienne a servi de modèle et de matrice à bien d'autres guerres d'indépendance, notamment dans les pays d'Afrique colonisés par le Portugal, comme la Guinée-Bissau, le Mozambique ou l'Angola.

Nous montrerons des films, parfois rares et méconnus, tels que Die Frage, la première adaptation cinématographique de La Question - le fameux récit d'Henri Alleg dénonçant la torture - tournée par un cinéaste algérien à Berlin Est en 1961, ou Eldridge & Kathleen Cleaver de Claudia Von Alemann, qui recueille la parole du couple de Black Panthers alors en exil à Alger. L'internationalisme est présent dans Le Glas de René Vautier, conçu pour soutenir le mouvement de libération du ZAPU (Zimbabwe), tandis que Monagambée de Sarah Maldoror questionne le malentendu colonial.
Avec La Zerda ou les Chants de L'Oubli, Assia Djebar et Malek Alloula se réapproprient, déconstruisent et remettent en perspective des archives coloniales tournées au Maghreb du début du XXe siècle jusqu'aux années 1940, avec un regard critique et un montage moderne et audacieux.
Avec Nahla, Farouk Beloufa nous présente un journaliste algérien envoyé à Beyrouth, dans une ville au bord de l'implosion. Ce personnage se sent proche de trois femmes qui résistent au quotidien, tandis que l'idée d'unité arabe s'apprête à voler en éclat, dans une ville et un pays en proie à la guerre civile, dans un film qui a parfois été perçu comme précurseur ou annonciateur de la décennie noire en Algérie.
Avec Tahia Ya Didou, qui sera montré en copie restaurée, Mohamed Zinet rendait hommage à la capitale algérienne (son présent et son passé), sans faire l'impasse sur ses heures noires, à travers un regard libre, poétique et volontiers décalé qui surgissait comme un pari sur la jeunesse et sur l'avenir. Ce film est un chant d'amour à la ville d'Alger et à ses habitants, un hymne à sa vitalité, qui continue d'inspirer de nouvelles générations de cinéastes.


Tarifs des séances : 5 € (tarif réduit : 3,5 €)
Accès sans réservation
Renseignements : infoauditorium@jeudepaume.org

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